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La crise japonaise, ou comment un pays riche s’enlise dans la déflation
Evelyne Dourille-Feer
Cyrille Lacu
A la fin de la décennie quatre-vingt, la hausse des taux d'intérêt mondiaux provoque l'éclatement des bulles spéculatives qui s'étaient formées dans la plupart des pays de l'OCDE. Partout, les fragilités émergent avec l'affaissement de la croissance et les perturbations dans l'activité de crédit. Si les expériences nationales divergent fortement, le Japon présente un cas extrême : il est le seul pays de la zone à ne pas être encore sorti de la phase récessive du cycle financier des années 1980-1990.

L'attitude des autorités japonaises face à la crise générale de solvabilité du système bancaire est au cœur de cette longue récession. Leur incapacité à assainir un système bancaire protégé mais sans contrôle a enraciné dans les pratiques de crédit un aléa de moralité qui n'a cessé de se développer avec le temps, accentuant les déséquilibres financiers et les propageant à l'ensemble de l'économie. De 1990 jusqu'en 1997, cette fragilisation financière a permis de contenir les tensions déflationnistes. Mais la crise de 1998 révèle la fragilité extrême de toute l'intermédiation bancaire. Elle intervient comme un avertissement pour les autorités et les banques, en montrant à quel point le système bancaire, asphyxié par ses pertes, dépend de l'approvisionnement, inconditionnel et bon marché, en liquidités de la banque centrale. Quand cette dernière s'engage dans la politique de taux zéro, à partir de mars 1999, elle désamorce le risque de crise systémique. Pourtant, la déflation macroéconomique s'installe. Les banques, en quête de crédibilité, cherchent à provisionner leurs pertes courantes mais se gardent d'une restructuration plus profonde afin de ne pas avoir à révéler leur insolvabilité. L'instabilité bancaire étouffe le secteur productif en le privant de financement et, se faisant, réduit sa capacité à anticiper. Les pressions sur le marché du travail ne peuvent plus être contenues. En atteignant désormais directement les ménages, la crise financière et économique devient aussi sociale. La déprime durable de la consommation qui en découle enracine encore la dynamique déflationniste. Le mécanisme déflationniste par lequel les restructurations appellent les restructurations est à l'œuvre…

Formation et éclatement des bulles
1990-1997 : récession freinée, fragilités financières accrues
1997-20.. : de la crise financière à la déflation
Les déficiences de la politique économique Texte intégral