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En 2007, le Groupe d’analyses de la mondialisation a organisé quatre « Rendez-vous », à raison d’un par trimestre. Chaque Rendez-vous réunit des experts reconnus et un public large (environ quatre-vingt personnes) et varié (journalistes, experts, enseignants, représentants d’entreprises et de fédérations professionnelles, étudiants, etc.). Au cours de ces conférences-débats, d’environ deux heures et demie, quatre experts abordent le sujet sous des angles différents, puis un débat s’instaure avec le public. Les thèmes abordés ont été : les effets de la mondialisation sur la diversité culturelle ; l’impact des pays émergents sur l'emploi dans les pays développés ; le rôle des transports et de la logistique dans la mondialisation ; la mondialisation de la connaissance et des réseaux scientifiques.
Mondialisation et diversité culturelle (20 mars 2007)
Avec : Yudhishtir Raj Isar (professeur Jean Monnet à l’université américaine de Paris) « Conflits et tensions dans la mondialisation culturelle », Hélène Ruiz Fabri (professeure de droit public à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne) « La convention de l’Unesco sur la protection et la promotion des expressions culturelles », Alain Le Diberder (directeur général de Buzz2Buzz) « Révolution numérique et industries culturelles », Philippe Bouquillion (professeur en sciences de l’information et de la communication à l’université Paris VIII) « Mondialisation et mutations des filières d’industries culturelles », animé par David Kessler, directeur de France Culture.
Les phénomènes culturels n’échappent pas à la mondialisation car celle-ci, en multipliant les échanges, aiguise les différences et attise les antagonismes entre identités culturelles. Très souvent, les rapports entre mondialisation et cultures sont abordés sous l’angle d’un « choc de civilisations » opposant de vastes aires géographiques et religieuses : l’ancienne rivalité politique entre grandes puissances serait dorénavant remplacée par des antagonismes entre identités culturelles. Ce scénario est simpliste, car les civilisations ne sont pas monolithiques et le plus souvent, la culture est moins l’agent que l’otage de rapports de forces économiques et politiques. Alors que beaucoup craignent qu’avec la mondialisation, l’uniformisation l’emporte sur la diversité, la convention de l’Unesco a le mérite de passer de la logique défensive de « l’exception » culturelle » à une approche plus positive en termes de « diversité ». Avec la révolution numérique, culture et industrie, longtemps perçues comme ennemies, deviennent indissociables. La puissance des industries culturelles fait que les pratiques singulières des consommateurs individuels sont aujourd’hui beaucoup plus diversifiées qu’il y a trente ou cinquante ans. Les industries culturelles nourrissent à la fois une tendance à l’uniformisation des productions culturelles et une tendance à leur diversification. Ces deux mouvements ne sont pas contradictoires mais complémentaires ; une telle complémentarité des logiques de globalisation et de différenciation se retrouve d’ailleurs dans bien des domaines touchés par la mondialisation.
Mondialisation et grands pays émergents : la concurrence de la Chine et de l'Inde détruit-elle des emplois ? (29
mai 2007)
Avec Hervé Boulhol (OCDE) « Comment l’émergence de la Chine et de l’Inde modifie-t-elle le marché mondial du travail ? », Désirée van Welsum (OCDE) « Après l’industrie, la concurrence s’étend aux services », Pascal Morand (IFM, ESCP-EAP) « Un cas d’école : l’industrie textile », Francis Kramarz (CREST) « Quelles politiques pour en sortir par le haut ? », animé par Françoise Crouigneau (Les Echos).
En Chine et en Inde, la croissance économique rapide des vingt dernières années a permis à des centaines de millions d’individus de sortir de la misère. En même temps, ces géants démographiques ont fait une percée sur les marchés internationaux de biens et de services, et les pays riches ont perdu des emplois dans les secteurs où ils se trouvaient en concurrence avec ces pays à bas salaires. La concurrence des pays du Sud a, depuis longtemps, conduit des industries comme le textile à de profondes restructurations. Désormais les services ne sont à leur tour plus à l’abri. Comment les pays développés peuvent-ils s’adapter à cette nouvelle donne ? Les coûts d’adaptation immédiats à la concurrence des grands émergents comme la Chine et l’Inde ne doivent pas faire perdre de vue les gains à plus long terme que les pays développés en tirent à condition qu'ils se spécialisent dans les activités où ils sont le plus efficaces et dans les secteurs qui correspondent aux besoins des économies émergentes. En outre, leurs entreprises comme leurs consommateurs bénéficient de biens et services importés à bas prix. Se fermer à la concurrence des émergents ne paraît donc ni souhaitable ni possible. Plutôt que de tenter de se protéger de la concurrence, mieux vaut tirer parti de l'expansion de leur demande en y exportant davantage. Les pays développés ont intérêt à créer dans leur économie des conditions favorables à l’essor des entreprises qui tirent parti des opportunités nouvelles et où les consommateurs bénéficient des gains liés à la mondialisation.
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Mondialisation, transports et logistique (20 septembre 2007)
Avec : Antoine Frémont (INRETS) « Sans transports pas de mondialisation », Michel Savy (université Paris XII, ENPC) « Quels nouveaux acteurs et quelles nouvelles stratégies dans les transports internationaux ? », Nina Kousnetzoff (CEPII) « Dynamique du commerce international et transports : quelle viabilité des modèles de croissance des économies mondialisées ? », Mary Crass (OCDE) « Transports internationaux et énergie : le défi du changement climatique », animé par Jean-Michel Gradt (Les Echos).
Le développement rapide de l’activité des transports est intrinsèquement lié à la mondialisation économique dont elle est à la fois la conséquence et le soutien. L’accélération des flux de passagers et de marchandises modifie profondément les stratégies des acteurs en termes d’offre, de demande et de régulation. Dès lors, deux questions se posent. La première est celle de la viabilité des modèles de croissance actuels dans un contexte où de nombreux facteurs contribuent à une hausse potentielle des coûts de transports. La deuxième est celle de la compatibilité de l’essor des transports internationaux nécessaires à une économie mondialisée avec la préservation de l’environnement. Un cercle vertueux entre transports et échanges internationaux s’est instauré, associé à de nombreuses avancées techniques et organisationnelles. Il ne semble pas être remis en cause, du moins pas à moyen terme. De nombreux grands projets d'infrastructures sont engagés (en Chine mais aussi en Europe) qui soutiennent ces tendances. Les opérateurs européens sont particulièrement puissants avec des modes de transport très intégrés.
L’évolution des coûts du transport n’a pas été linéaire lors des dernières décennies et la baisse du coût ad valorem (par rapport à la valeur des biens transportés) a cessé à partir de la fin des années 1980. Les transporteurs de fret peuvent probablement encore absorber quelques hausses de coûts en baissant leurs marges et en faisant des gains de productivité. Mais ils ne pourront entreprendre les nouveaux investissements nécessaires pour généraliser les progrès techniques récents que s’ils peuvent compter sur la poursuite de l’augmentation des trafics à l’horizon d’au moins 20 ans.
Une telle évolution posera des problèmes pour l’environnement. Les émissions de CO2 du secteur des transports ont augmenté, entre 1990 et 2003, de près de 31 % dans le monde. La délégation de la responsabilité en matière de réduction des émissions à l’Organisation maritime internationale (OMI), de l’ONU, n’a guère donné de résultats à ce jour. Le transport aérien se trouve dans une situation similaire. Comme ces émissions sont difficilement imputables à tel ou tel pays, elles ne sont pas prises en compte dans les inventaires nationaux. Une taxe sur le carburant est une formule dont la mise en œuvre éviterait les problèmes posés par la détermination de droits d’émission.
Mondialisation, connaissance et réseaux scientifiques (29 janvier 2008)
Avec
Kapil Raj (EHESS) « La mondialisation des sciences : une longue histoire », Ghislaine Filliatreau (OST) « La France et la mondialisation de la recherche », Christian Thimonier (ministère des Affaires étrangères) « Mondialisation des sciences et enjeux géostratégiques », Wolf Gehrisch (EIRMA) « Le point de vue des entreprises », animé par Claude Weisbuch (CNRS et Ecole Polytechnique).
La révolution des technologies de l’information accroît la vitesse de circulation des idées et modifie en profondeur l’organisation des communautés scientifiques. Renforcée par la facilité avec laquelle les chercheurs se déplacent, une véritable « mondialisation des connaissances » s'établit. Quelles ont été les grandes phases historiques de cette mondialisation scientifique ? En quoi cette multiplication des échanges à l’échelle mondiale influence-t-elle les conditions de production des résultats scientifiques, ainsi que les façons de travailler des chercheurs ? Quels liens la science mondialisée entretient-elle avec les intérêts politiques et stratégiques des Etats ? Et le savoir devenant un actif immatériel au centre de nos économies, qu'en est-il des stratégies d'entreprises dont la valeur repose de plus en plus sur leur portefeuille de brevets et la capacité créative de leurs équipes ?
Dans une perspective historique, plutôt que de considérer la science moderne comme occidentale et diffusée à partir de l’Europe, il vaut mieux la voir comme l’héritière des traditions savantes anciennes. Si la recherche a toujours été internationale, on observe aujourd’hui une internationalisation croissante des stratégies de recherche de laboratoires « académiques » à forte visibilité scientifique. Actuellement, la France est en quatrième position des pays d’accueil des étudiants du supérieur, mais étudiants et chercheurs français sont relativement peu mobiles. La France a une visibilité globale qui reste modeste et elle doit encourager l’insertion de ses chercheurs dans des réseaux d’excellence et former des spécialistes de niveau mondial. Car si la recherche constitue de manière indéniable un « bien public mondial », elle est aussi un attribut de puissance. Du coté des entreprises, la tendance aujourd’hui est à l'externalisation de la R & D au delà des frontières. L'innovation et la diffusion des percées technologiques impliquent différents acteurs : entreprises, universités, centres de recherche. Les réseaux mondiaux intégrent tous un grand nombre d'acteurs mais ils témoignent d'une réelle diversité d'approches entre l'Europe (comme le « Triangle international d’innovation » Eindhoven-Louvain-Aix-la-Chapelle) et les Etats-Unis (modèle Stanford University et Silicon Valley).
Les analyses présentées
ont fait l’objet de documents de synthèse
dans Les
Dossiers de la mondialisation. |
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