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En 2008 le Groupe d’analyses de la mondialisation a organisé quatre « Rendez-vous », à raison d’un par trimestre. Comme dans les années passées, ces Rendez-vous ont réuni un public large (environ quatre-vingt personnes) et varié. Au cours de cette année marquée par l’éclatement de la crise financière, les Jeux olympiques de Pékin et l’élection d’un nouveau président des États-Unis, ces Rendez-vous ont été l’occasion d’aborder des thèmes d’actualité tout en les replaçant dans une perspective historique. Les Rendez-vous ont successivement traité des sujets suivants : Mondialisation, connaissance et réseaux scientifiques, Mondialisation et crises financières, Sport et mondialisation, les États-Unis dans la mondialisation. Au cours de chacune de ces conférences-débats d’environ deux heures et demie, quatre experts abordent le sujet sous des angles différents puis un débat s’instaure avec le public.
Mondialisation, connaissance et réseaux scientifiques (29 janvier 2008)
Avec : Kapil Raj (maître de conférences à l’EHESS, Centre Alexandre Koyré en histoire des sciences et des techniques), « La mondialisation des savoirs scientifiques : une longue histoire » ; Ghislaine Filliatreau (directrice de l’Observatoire des sciences et des techniques), « La France et la mondialisation de la recherche » ; Christian Thimonier (sous-directeur de la coopération scientifique et de la recherche, ministère des Affaires étrangères), « Mondialisation des sciences et enjeux géostratégiques » ; Wolf Gehrisch (secrétaire général adjoint, European Industry Research Management association, EIRMA), « Le point de vue des entreprises » ; débat animé par Claude Weisbuch (physicien, directeur de recherche au CNRS).
On peut faire remonter au XVIe siècle les débuts de la mondialisation des sciences. Les grandes compagnies de commerce ont joué à cet égard un rôle important : les voyages lointains exigeaient des instruments précis de mesure et d’orientation et les échanges stimulaient la connaissance des denrées, plantes, produits rapportés. Une grande partie des savoirs scientifiques ont été construits progressivement au contact d’autres territoires et modes de vie : médecine, géographie, cartographie, botanique, ethnologie. Actuellement, la révolution des technologies de l’information accroît la vitesse de circulation des idées et modifie en profondeur l’organisation des communautés scientifiques. On assiste à une extension des collaborations internationales dans la recherche et à une concentration et une spécialisation des réseaux internationaux les plus performants. Pour la France, il s’agit d’encourager l’insertion des équipes de recherche académiques dans des réseaux d’excellence et de développer des centres spécialisés à forte visibilité. La science est aussi un attribut de la puissance des États dans la compétition internationale et la diplomatie scientifique de la France vise à la fois à diffuser son savoir et à renforcer son attractivité pour les chercheurs étrangers. Dans les entreprises, l’évolution actuelle est marquée par l’externalisation de la recherche et de la R & D y compris à l’extérieur des frontières nationales, par une coopération de plus en plus étroite entre entreprises, universités et autres institutions de recherche. Il existe une grande diversité d’approches, mais les entreprises européennes ont comme les entreprises américaines établi de vastes réseaux mondiaux d’innovation englobant des acteurs locaux sur tous les continents.
Mondialisation et crises financières (8
avril 2008)
Avec : Dominique Plihon (professeur à l’université de Paris-nord) « Une perspective historique des crises financières » ; Michel Aglietta (conseiller au CEPII) « La crise financière du crédit structuré » ; François Meunier (directeur financier, COFACE), « Transparence, marchés financiers et stabilité financière globale » ; Laurent Clerc (adjoint au directeur de la stabilité financière, Banque de France), « Comment penser la régulation globale des crises financières » ; débat animé par Roland Lescure (directeur des Gestions, Groupama-AM).
L’histoire des crises financières depuis le XIXe siècle montre que dans la période récente (post Bretton Woods), les crises boursières se sont accélérées et qu’il y a une recrudescence des crises « jumelles », bancaires et financières. Nous sommes donc entrés dans une période de turbulences financières par rapport à la période de Bretton Woods. La crise financière qui naît à l’été 2007 porte les marqueurs d’une crise systémique, avec notamment des effets de résonance sur les différents marchés d’actifs (action, immobilier, change) et une fragilisation du système bancaire. La crise actuelle présente des spécificités par rapport aux précédentes à commencer par le mécanisme de titrisation. Celui-ci fait que l’instance qui est à l’origine du crédit n’est pas celle qui porte le risque, entraînant un défaut d’incitation et une perte d’information. La coalition d’intérêts entre banques d’investissement et agences de notation a conduit à faire le maximum de titrisation. La crise actuelle peut être interprétée comme le résultat d’un sous-investissement dans la gestion du risque de crédit, dans une situation où la gouvernance et la surveillance sur le marché de crédits sont bien inférieures à celles sur le marché d’action. Que peuvent faire les banques centrales face à la crise actuelle ? Â court terme, elles prêtent des liquidités et donnent des garanties. Â plus long terme, on envisage une réforme du système de supervision et de réglementation financières. Par delà la nécessité d’une coordination des actions au niveau international se pose la question des superviseurs au sein d’une architecture financière internationale.
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Sport et mondialisation (17 juin 2008)
Avec : Fekrou Kidane (ancien directeur de la coopération internationale au CIO), « La mondialisation du sport à travers l’olympisme » ; Wladimir Andreff (professeur d’économie du sport, université de Paris-I), « La mondialisation économique du sport » ; Serge Pautot (docteur en droit, avocat au Barreau de Marseille), « Mondialisation du sport et protection des équipes nationales » ; Noël Pons (conseiller du Service central de prévention de la corruption), « La face sombre de la mondialisation du sport : corruption et criminalité financière internationale » ; débat animé par Xavier Allouis, co-auteur du rapport Le modèle sportif français, mutation ou crise.
Ainsi que le montre l’histoire des Jeux olympiques, la mondialisation du sport n’est pas un phénomène récent mais, comme dans bien des domaines, elle s’est accélérée depuis 20 ans. L’histoire de l’Olympisme montre aussi que les interférences entre sport et politique sont anciennes : lors de l’organisation des jeux se posait dans les années 1950 le problème politique de l’existence de l’apartheid en Afrique du sud, comme plus récemment s’est posée la question de la présence des chefs d’État et de gouvernement à la cérémonie d’ouverture des Jeux à Beijing, l’été 2008. La mondialisation du sport s’est accompagnée d’une expansion rapide des activités marchandes, et le marché mondial de tous les biens et services sportifs est estimé actuellement à environ 600 milliards d’euros. La diffusion télévisuelle est au cœur de ce processus. Paradoxalement, les événements sportifs mondiaux transcendent les frontières culturelles mais exaltent le sentiment d’appartenance nationale, les sportifs apparaissant comme des porte-drapeaux, en témoigne la controverse suscitée par la présence des joueurs étrangers dans les clubs. La mondialisation du sport a aussi une face sombre car les masses financières en jeu peuvent susciter l’apparition de corruption, de fraude internationale, et servir au blanchiment d’argent, autant de dérives de la mondialisation.
Les Etats-Unis dans la mondialisation (17 décembre 2008)
Avec : Pierre Mélandri (historien, professeur des Universités), « Bilan des relations internationales sous l'administration Bush et perspectives » ; Frédéric Martel (écrivain et journaliste, France Culture), « De la culture en Amérique » ; Eric Chaney (chef économiste, groupe AXA), « Le rôle des États-Unis dans les déséquilibres financiers globaux » ; Nicolas Véron (économiste, Bruegel), « Les firmes multinationales américaines » ; débat animé par Jacques Mistral, économiste, professeur des Universités).
Depuis un siècle, les États-Unis sont la superpuissance dont la domination s'exerce dans tous les domaines, stratégique, militaire, économique, financier. L’administration Clinton a promu l’idée que globalisation et démocratisation marchaient de concert. Les États-Unis ont fait de la globalisation un outil de leur politique, un moyen d’intégrer pacifiquement certains pays dans le concert des nations. L’administration Bush a rompu avec cette approche coopérative et les attentats du 11 septembre ont consolidé la croyance en un inéluctable « choc des civilisations ». Pour le président Barak Obama, par delà un souci de restaurer l’image des États-Unis, l’objectif reste de défendre les intérêts des États-Unis dans un monde frappé par de graves difficultés économiques, ce qui rend possible à l’avenir la tentation de l’unilatéralisme ou du protectionnisme. La culture est aussi un moyen de domination, mais les préjugés à l’encontre du système culturel américain conduisent trop souvent à le caricaturer. La distinction entre secteur public et privé y est inopérante car la culture y relève principalement d’un secteur à but non lucratif. En outre, les universités qui sont dans leur grande majorité publiques jouent un rôle important dans la sphère culturelle (musées, bibliothèques, concerts, etc.). Enfin, il ne faut pas sous-estimer le rôle de l’État, lequel agit soit par subventions directes ou par incitations fiscales. Leaders mondiaux sur le plan économique et technologique, les États-Unis sont aussi devenus, dans la phase de « super-mondialisation » des années 2000, les consommateurs en dernier ressort, au cœur du circuit de recyclage de l’épargne mondiale. Leur déficit courant s’est creusé et il a été financé par l’épargne du reste du monde (la Chine et les pays pétroliers). La crise actuelle les confronte à la nécessité de chercher de nouveaux moteurs de la croissance. Au plan micro-économique, le poids des plus grandes firmes américaines dans le paysage mondial a quelque peu reculé sous la poussée des firmes des pays émergents mais elles représentent encore 41 % de la capitalisation mondiale ; elles restent dominantes dans les services aux entreprises et dans la santé-pharmacie. En outre, les plus grandes firmes américaines sont aussi les plus récentes, ce qui témoigne du très fort dynamisme entrepreneurial et technologique du pays.
Les analyses présentées
ont fait l’objet de documents de synthèse
dans Les
Dossiers de la mondialisation. |
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