Bilan d'activité 2009
  En 2009 le Groupe d’analyses de la mondialisation a poursuivi ses travaux sur la même séquence, en organisant quatre « Rendez-vous », un par trimestre. Ces Rendez-vous ont réuni un public de plus en plus large. Leur audience s’est stabilisée à la hausse, réunissant en moyenne 95 personnes rendez-vous, en se rapprochant de la capacité d’accueil maximale du Centre d’analyse stratégique (100/110 personnes). 2009 a également vu la tenue du premier « Rendez-vous » hors les murs du Centre d’analyse stratégique au CERI (Paris – 6ème).
L’année 2009, marquée par la permanence de la crise, a généré le besoin toujours plus vif d’une nouvelle gouvernance autour notamment de la nouvelle enceinte qu’est le G20. Mais dans le même temps les risques de pertes de confiance dans les corps intermédiaires, les élites et les gouvernements sont porteurs de mouvements de contestation de la mondialisation, débouchant sur une montée du protectionnisme européen, voire des replis individualistes. Les enjeux sociétaux autour de la sécurité alimentaire et la pertinence ou non de la Politique Agricole Commune et plus largement de la mondialisation de l’agriculture n’ont pas perdu en intensité. Il en est de même pour les enjeux environnementaux sous-tendant bon nombre d’agendas politiques tout au long de 2009 avant de connaître une apogée, en décembre, lors du Sommet de Copenhague.
A chacune de ces thématiques le Groupe d’analyses de la mondialisation a consacré un débat d’experts et initié un échange avec la salle. Les analyses présentées ont fait l’objet de documents de synthèse dans les Dossiers de la Mondialisation 2009 (n°13 à 16).


Quelle gouvernance mondiale après la crise ? (9 avril 2009)
Avec : Michel Aglietta, (professeur d’économie à l’Université de Paris X et conseiller au CEPII) « Les Etats au secours de la nouvelles architecture financière mondiale », Philippe Moreau Defarges (chercheur à l’IFRI) « Quelles institutions pour la gouvernance mondiale ? », Philippe Hugon (professeur émérite d’économie à l’Université de Paris X) « Comment intégrer les PMA dans la gouvernance mondiale ? », et Jean-François Bayart (directeur de recherche CNRS/ CERI ) « Le rôle de la société civile dans la gouvernance mondiale » ; débat animé par Christophe Chavagneux, (rédacteur en chef adjoint d’Alternatives économiques et rédacteur en chef de la revue l’Economie politique).

Le besoin d’une nouvelle gouvernance mondiale s’est intensifié sous la pression des multiples crises qui ont éclaté en 2008, mettant au jour l’obsolescence des mécanismes régissant les équilibres internationaux depuis la fin de la seconde guerre mondiale. La valeur actionnariale est devenue le principe de régulation des revenus et d’accumulation du capital, faisant de la finance un « prédateur » de l’économie tandis que les visions politiques entre Européens, Américains et Chinois sur les monnaies continuent à diverger. Deux réformes paraissent alors s’imposer : redonner tout son poids à une régulation macro prudentielle jusqu’à présent trop négligée en renforçant le pouvoir des banques centrales, et créer des contre pouvoirs pour éviter la main mise des régulateurs de marché. Le besoin de concertation toujours plus grand entre Etats membres a déjà précipité la transformation/apparition du G5 en G7, puis en G8 et le passage au G20 paraît s’imposer. les premières mesures annoncées paraissent ne pas aller assez loin, notamment pour ce qui concerne la réforme du FMI pour certains qui regrettent également que certains sujets sensibles, comme la question des migrations ne soient abordées. De plus, les pays les moins avancés (PMA) n’ont pas gagné en inclusion dans cette nouvelle gouvernance mondiale même si les changements annoncés dans les pratiques concernant la conditionnalité devraient leur être plus favorables. Il reste à construire une vraie architecture de soutien à leur égard reposant sur plusieurs piliers, de la sécurisation de l’accès aux capitaux à la prise en compte de leurs handicaps structurels. Si la notion de « société civile internationale » est quelque peu galvaudée, il est cependant manifeste que certains organisations, groupes ou réseaux sont considérés comme une forme de troisième voie entre la politique et le marché. Mais le monde des ONG n’est pas homogène. Ces structures restent des « machines de pouvoir »et sont souvent moins transnationales qu’on ne le pense. Elles dépolitisent souvent les problèmes majeurs rendus au statut de questions techniques. Cela continuera-t-il à être un atout alors que le G20 proclame un retour du politique ?


Quels défis pour l’agriculture mondialisée ? (18 juin 2009)
Avec : Sébastien Treyer (chef de projet Agrimonde- ENGREF) « Le défi alimentaire en 2050 à travers la prospective Agrimonde », Hervé Guyomard (directeur de l’INRA) « Les conséquences de la PAC 2013 sur les pays en développement » Jean-Pierre Butault (directeur de recherche AgroParisTech) « Comment gérer l’instabilité des prix agricoles » et Laurence Roudart (enseignante AgroParisTech) « Les enjeux du foncier agricole » ; débat animé par Marcel Mazoyer, professeur honoraire à AgroParisTech.

Relever le défi alimentaire et respecter l’environnement en protégeant les ressources naturelles et en intégrant la raréfaction des énergies fossiles sont les défis qui attendent une agriculture qui devra nourrir au niveau mondial en 2050, 9 milliards d’hommes au lieu des 6 millions actuels. L’exercice Agrimonde lancé par INRA et le CIRAD en 2006 a conclu au terme des deux scénarios qualitatifs qu’il est possible dans les deux cas de tenir cet objectif. Des zones de fragilité existeront cependant puisque l’Afrique du Nord et le Moyen Orient, l’Afrique sub-saharienne et l’Asie devront importer des calories supplémentaires. Cela suppose également de concentrer les efforts dans six domaines spécifiques : réussir le développement agricole et rural dans les régions à déficit agricole, accélérer l’innovation technologique et sa diffusion, améliorer la gestion des ressources naturelles, instaurer une politique de durabilité sociale, changer les comportements alimentaires et mettre en place des gouvernances interrégionales. La Politique Agricole Commune est un paramètre qui ne peut être négligé puisque la PAC a déjà permis à l’Europe d’enregistrer une forte croissance de sa production agricole et de devenir en 2009 le premier exportateur et importateur de produits agricoles. Elle a dans le passé contribué à décourager les exportations européennes et à encourager les importations en provenance des pays tiers. A l’avenir, il faudra sécuriser les échanges pour permettre aux pays les moins développés d’adapter leur agriculture. La PAC post 2013 devrait ainsi offrir moins de protection aux agriculteurs européens dans un contexte de recherche de stabilisation des revenus et des prix. Les récents évènements (cf. écroulement du prix du lait en 2009) laissent en effet craindre une phase durable d’instabilité des prix agricoles en Europe, jusqu’à présent relativement épargnée. Aucune des solutions habituelles, (soutien par les prix, création de quotas, la création d’un système d’assurance) ne paraît en mesure de résoudre efficacement la question de la volatilité. La prudence commande cependant d’inciter à travailler a minima sur des modalités de concertation entre pays pour ce qui est des politiques agricoles. Une régulation mondiale via une « Banque alimentaire » qui pourrait fonctionner comme une « banque centrale » continue à être envisageable. Reste également à déterminer si les terres agricoles constituent désormais une ressource rare, compte tenu des écarts entre régions du monde pour ce qui est des terres effectivement cultivées. Le scénario le plus restrictif d’expansion modélisé à partir des travaux de l’Institut international d’analyse des systèmes appliqués (IIASA) anticipe une croissance globale des superficies cultivées de 70% à l’horizon 2050. Le scénario le plus volontariste lui laisse augurer d’une multiplication des terres par 6 en Amérique Latine et par 5 en Afrique. Le changement climatique jouerait dans un même sens favorable pour le nord de l’Amérique, de la Russie et de l’Asie, mais pas pour l’Afrique.

  La contestation de la mondialisation (24 septembre 2009)
Avec : Zaki Laïdi (professeur à Sciences-Po) « La contestation de la mondialisation vue du Nord » Alfredo Valadao (président de la chaire du Mercosur) « La contestation de la mondialisation vue du Sud », Eddy Fougier (chercheur à l’IRIS) « Les acteurs de l’altermondialisme », Dominique Pilhon (professeur à l’université Paris Centre-Nord et président du Conseil scientifique d’ATTAC) « Les rapports de l’altermondialisme à la sphère politique et syndicale », débat animé par Eric Le Boucher, rédacteur en chef d’Enjeux-Les Echos.

Il n’a pas fallu longtemps, après la chute du mur de Berlin, pour voir émerger un mouvement de contestation face à une mondialisation présentée comme le seul modèle possible. Ce mouvement a pris des formes différentes selon les pays où il a pris naissance. Dans le Nord, il s’est manifesté par la faveur nouvelle accordée au concept de « déglobalisation » : la production est réorientée vers les marchés locaux plutôt que vers l’exportation. Cela renvoie à une réflexion sur le renouveau du protectionnisme dans le contexte de la crise actuelle, conjuguant problèmes financiers et problèmes environnementaux. Les pays du Nord sont aujourd’hui nombreux à développer des logiques de « préférence nationale ». La conséquence en est une faible appétence, sauf du côté des pays scandinaves et du Royaume-Uni, pour la clôture du cycle de Doha. Même si ce mouvement de contestation n’a pas suscité de mobilisation sociale dans les pays du Nord, il n’est pas à négliger, porteur de toute une série d’interrogations et d’un regard ambivalent sur le rôle même de l’Etat, entre rejet global et appel à l’intervention. Dans les pays du sud, et en particulier en Amérique latine, la contestation s’appuie sur trois composantes : les mouvements de défense des droits communautaires particuliers, les courants prônant démocratie participative et retour au « local », et les mouvements de protection de l’environnement. Cette contestation a opéré un rapprochement avec celle issue des pays du Nord, par l’intermédiaire des Forums sociaux. Mais elle est aujourd’hui en perte de vitesse. La croissance économique a principalement été enregistrée dans les pays du Sud, vidant leurs revendications d’une partie de leur sens. Le mouvement tend maintenant à s’y consolider comme un modèle de gestion locale ou un contre–pouvoir. Il ne reste pas moins que les acteurs de l’altermondialisme reste une nébuleuse, regroupant des mouvements alter mondialistes au sens strict (tel ATTAC), des mouvements sociaux ou des ONG (Caritas International) et des organisations politiques ou de médias qui ont perdu une position prépondérante (1999-2006) dont le point d’orgue a été le Sommet de Seattle (1999). Une articulation insuffisante avec le politique et le syndical pourrait expliquer ce changement Ce qui importerait alors ne serait pas tant d’occuper le devant de la scène médiatique que de jouer un rôle fédérateur dans la diffusion des idées via une série d’alliances et de partenariats.


Mondialisation et environnement (9 décembre 2009)
Avec : Cédric Philibert (administrateur principal à l’Agence Internationale de l’Energie) « Modèles de croissance et impact de la mondialisation sur l’environnement », Philippe Quirion (chercheur au Centre international de recherche sur l’environnement et le développement) « Processus de Copenhague et architecture de coopération », Hélène Ruiz-Fabri (professeur à l’université Paris I – Panthéon Sorbonne) « Légitimité et enjeux d’un protectionnisme vert » et Bettina Laville (avocate et présidente d’honneur du Comité 21) « Les migrations climatiques »; débat animés par Jean-Marie Chevalier, Professeur à l’Université Paris-Dauphine et directeur du Centre géopolitique de l’Energie et des Matières Premières.

La mondialisation a accéléré la prise de conscience par les opinions publiques des défis environnementaux. Esquissée dans les années 70, une large mobilisation s’est organisée à partir du Sommet de la terre à Rio (1992) et connaît un nouvel essor avec le Sommet de Copenhague (2009). Mais les avis sont contrastés en ce qui concerne les liens entre mondialisation et environnement. Si la croissance ne se traduit pas par une dégradation systématique de l’environnement sauf en ce qui concerne les émissions de gaz à effet de serre, le « dumping environnemental » en est lui une conséquence beaucoup plus directe. Il en est de même pour la consommation d’énergie dans les transports. La non prise en compte des « soutes maritimes » comme des « soutes internationales » par le protocole de Kyoto est donc très regrettable. Les deux principaux modes d’ajustement se situent dans l’exemplarité des modes de consommation et dans une coopération technologique qui ne recoupe pas la même réalité que le « transfert de technologie », synonyme de relation déséquilibrée entre le Nord et le Sud. Un des objectifs reste l’équilibre à trouver entre les pays en développement, favorables au « principe de responsabilités communes mais différenciées » et les autres, partisans d’un « participation significative » des pays en développement. La mise en contribution d’un modèle économique spécifique d’équilibre général a permis au CIRED de comparer cinq scénarios de développement. Les émissions globales de CO2 diminuent notablement à l’horizon 2030 en cas de mise en œuvre de politiques sectorielles de lutte contre le changement climatique dans le secteur de l’électricité. Le scénario faisant l’hypothèse d’un marché mondial tous secteurs à partir de 2013 se traduit en 2018 par une perte de 3% de leur PIB pour les pays en développement, cas de figure très difficile à accepter par les gouvernements concernés. En revanche, si les pays développés sont seuls à mener une politique de lutte contre les émissions de CO2, ces mêmes pays en développement verraient leur PIB augmenter de 1% en raison des délocalisations et de la baisse du prix des énergies fossiles causée par le ralentissement de la consommation dans les pays du Nord. L’éventail des possibles reste donc large. D’un point juridique et non plus économique, il est difficile apprécier le caractère proportionné des mesures de fermeture d’un marché au nom de l’environnement qui est le seul critère de légitimation accepté aujourd’hui par le droit international. Reposant sur la théorie des avantages comparatifs et ne prenant pas en compte le principe des responsabilités partagées, le système actuel se doit donc d’évoluer. Si la systématisation des permis d’émission de CO2 pourrait en être une solution, il n’en est pas de même pour la création d’une organisation internationale de l’environnement. Le délicat dossier des « réfugiés climatiques » prend dans ce contexte une importance particulière. Ils ne disposent toujours pas d’un statut alors qu’ils devraient représenter entre 250 millions et un milliard de personnes à l’horizon 2050. Les organisations internationales continuent à avoir à leur égard une attitude ambivalente. Deux problèmes principaux restent à résoudre : celui de la protection transfrontalière quand les « éco réfugiés » s’y déplacent après que leur Etat ait disparu et celui de l’équité de traitement à assurer entre les différentes catégories de migrants, devant la difficulté à distinguer migrations climatiques et migrations économiques.

Les analyses présentées ont fait l’objet de documents de synthèse dans Les Dossiers de la mondialisation.
 
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