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Chômage des jeunes en Europe : l’Allemagne veut exporter son modèle de formation

Le traitement du chômage des jeunes en Europe dont se sont saisi le Conseil européen les 27 et 28 juin 2013 et la conférence qui s’est tenue à Berlin le 3 juillet, sous l’égide de Madame Merkel, cristallise des attentes mais pointe aussi des enjeux de formation dans les entreprises.
Par Laurence Nayman
 Billet du 5 juillet 2013


Dans ses conclusions rendues le 28 juin, le Conseil européen met l’accent sur trois volets dont le premier est l’emploi des jeunes. Dans le cadre du Fonds Social Européen, l’Union européenne va engager six milliards d’euros sur les deux premières années de la période de programmation 2014-2020 pour financer le retour à l’emploi et l’accès à une formation continue, ou à une formation par alternance de type apprentissage, des jeunes âgés de 15 à 24 ans résidant dans des pays membres où le taux de chômage des jeunes dépasse 25%.

Cette initiative est complétée par diverses mesures réalisées au niveau national, notamment la Garantie pour la jeunesse, garantissant aux jeunes européens de retrouver un emploi ou une formation après quatre mois d’inactivité. En outre, la mobilité transfrontière des jeunes sera encouragée et mise en œuvre au travers des initiatives EURES, ERASMUS+, l’Alliance européenne pour l’apprentissage. Elle pourrait être aussi financée par les crédits non consommés du Cadre Financier Pluri-annuel européen et par la Banque Européenne d’Investissement.

Mais au fond, que cachent ces différentes initiatives fortement encouragées par l’Allemagne ? Elles sont certes justifiées par le taux de chômage élevé que rencontrent les jeunes européens malgré des taux de participation en baisse des jeunes au marché du travail. Leur taux de chômage dans l’UE-27 est de 23,2 % de la population active avec des taux allant de 7,9 % pour l’Allemagne à 57,9 % pour la Grèce à fin 2012 selon les données d’Eurostat. Fait nouveau, le chômage des jeunes qualifiés est plus aigu depuis la crise.

L’Allemagne s’est ainsi auto-consacrée locomotive dans la lutte contre le chômage des jeunes, à l’appui de son expérience en matière d’emploi et de formation.

L’Allemagne est dotée d’un système d’éducation dual, alternant une formation en milieu scolaire et en entreprise (système d’apprentissage). Dans le Pacte de formation conclu en 2004, puis reconduit en 2007 et en 2010 jusqu’en 2014, le gouvernement allemand prend acte de l’impact démographique négatif sur les demandes de formation par alternance. Selon le gouvernement allemand, 34 000 postes de formation par alternance ne sont pas pourvus en Allemagne. Pourtant, 170 000 jeunes de 15 ans sortiraient du système scolaire sans diplôme et nombre d’apprentis n’achèveraient pas leur formation (150 000 contrats environ ont été cassés en 2011, surtout dans la restauration). Si ce système a permis aux entreprises d’avoir une main-d’œuvre adaptée à leurs besoins, il n’est pas exempt d’inconvénients, comme le rappelle souvent l’OCDE. Beaucoup de jeunes allemands n’ont pas une formation supérieure acquise à l’université suffisante pour combler les besoins en main-d’œuvre très qualifiée de l’industrie et des services allemands, notamment en ingénieurs et médecins.

Déclin démographique oblige, l’Allemagne a ainsi besoin de mettre l’accent sur une formation initiale plus approfondie. Elle mise également sur la mobilité internationale des jeunes, et des accords de partenariat ont été conclus avec quelques pays européens, notamment l’Espagne, la Grèce, l’Italie et le Portugal, pour former les jeunes en entreprise, que ce soit en Allemagne ou dans les entreprises allemandes à l’étranger. Le Portugal, dans le cadre des mesures de soutien aux jeunes préconisées par l’Union européenne, s’engage ainsi à renforcer les compétences linguistiques de ses jeunes et à leur offrir des formations techniques qui les aideront à s’exporter. Le Portugal avait déjà pris des mesures pour rallonger la durée de la scolarité obligatoire à 12 années. L’Espagne et l’Italie ont un trop-plein de jeunes qualifiés qui n’ont d’autre choix que de partir.

En France, outre le renforcement ciblé de la formation initiale, l’accent pourrait porter sur deux facettes de l’offre de formation : l’apprentissage pour les moins qualifiés ; les stages en entreprise pour les plus qualifiés. Mais il faudra bien avoir en tête la cartographie des emplois nécessaires en France et à l’étranger pour dessiner un plan de résolution du chômage des jeunes. Il faut aussi garder en mémoire que la France est dotée de petites entreprises non ou peu exportatrices et de grandes firmes très internationalisées, que son vivier de ressources humaines est constitué de très qualifiés et de non-qualifiés, et que l’âge médian pour trouver un premier emploi avec un statut stable est 27 ans.

En miroir du traitement à court terme du chômage des jeunes s’organise la concurrence pour attirer les jeunes qualifiés dans les entreprises établies dans le pays ou à l’étranger sur fond de mobilité du travail et de compétitivité des entreprises. Les pays avec une main-d’œuvre très qualifiée ont un atout pour accroître l’investissement direct étranger. Reste à convaincre cette main-d’œuvre de se fixer dans le pays où elle a reçu une formation avec des arguments qui portent, telles la protection sociale ou encore la culture.
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