90% des échanges de biens entre la Chine et l’Asean (soit environ 200 milliards de dollars) sont, depuis le 1er janvier 2010, libres de droits de douane. Le démantèlement tarifaire réciproque initié en 2005 atteint ainsi l’objectif qui lui était fixé pour 2010*. A cette même date, la libéralisation entre pays de l’Asean a enregistré une nouvelle avancée. Les droits de douane ont été éliminés sur près de 8 000 lignes tarifaires supplémentaires ; des droits ne subsistent plus que sur les produits « sensibles » (tabac, café, animaux...) ou « hautement sensibles » (riz).
L’ensemble des échanges Chine-Asean (y compris l’intra-Asean) représentait 2,4% du commerce mondial en 2007 (dernière année pour laquelle des données mondiales harmonisées sont disponibles). Entre 2002 et 2007, alors que le commerce mondial doublait, les échanges entre la Chine et l’Asean ont pratiquement quadruplé ; ils atteignent désormais un montant comparable aux échanges Japon-Asean (schéma). Plus qu’un marché, l’Asean constitue pour la Chine un fournisseur, notamment dans le domaine électronique : 48% des importations chinoises en provenance de l’Asean sont constituées de composants électroniques et de matériel informatique, l’Asean fournissant dans ce domaine près de 40% des importations chinoises.
Suite à la proposition chinoise de 2002 d’ouvrir des négociations avec l’Asean, le Japon et la Corée se sont engagés dans des processus similaires. Il s’agit pour ces deux pays d’institutionnaliser et d’approfondir une intégration régionale jusqu’ici très peu formalisée et d’éviter d’être pénalisés par les préférences tarifaires créées entre la Chine et l’Asean par leur libéralisation réciproque (voir le tableau pour la situation tarifaire en 2004). Au-delà des échanges de biens, ces négociations bilatérales abordent aussi des sujets difficiles à faire progresser au niveau multilatéral : échanges de services, facilitation du commerce, règles sur l'investissement, propriété intellectuelle. Ainsi, alors que le cycle de Doha reste bloqué, la multiplication des accords est-asiatiques (le fameux « bol de nouilles » décrit par Richard Baldwin) et le champ qu’ils couvrent, constituent pour les autres grandes puissances commerciales une incitation à jouer aussi une carte bilatérale avec l’Asean : l’Australie-Nouvelle-Zélande et l’Inde démarrent la mise en œuvre des accords qu’ils ont récemment conclus, les États-Unis et l’Union européenne sont en cours de négociation avec l'Asean ou certains de ses membres. |