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  N° 1998 - 06 Document de travail CEPII
Août
La politique monétaire et la crise japonaise
Stéphanie Guichard  
Selon de nombreux observateurs, la politique monétaire aurait joué un rôle significatif au cours de toutes les étapes de la crise bancaire japonaise. Au cours de la seconde moitié des années quatre-vingts, son orientation particulièrement accommodante aurait favorisé la formation des bulles sur les marchés d'actif patrimoniaux et la fragilisation du système bancaire. Le resserrement très marqué de 1989-1991 a ensuite provoqué la concrétisation des risques qui pesaient sur les banques et initié la crise. Depuis, la Banque du Japon est fortement mise à contribution à la fois pour soutenir l'activité et le système bancaire. L'objet de cette étude est de revenir en détail sur les déterminants du comportement de la Banque du Japon au cours de ces épisodes et de souligner les interactions entre la politique monétaire et la crise bancaire.
Le point de départ de cette analyse est l'étude du comportement de la Banque du Japon au moyen d'une fonction de réaction. Il s'agit ainsi de mettre en évidence son comportement moyen au regard de ses objectifs internes (prix, activité) et externes (taux de change, solde courant). La fonction de réaction est estimée en utilisant la méthode des moments généralisés qui permet de prendre en compte explicitement la formation des anticipations par la banque centrale. Une attention particulière est en outre portée à la détermination des cibles retenues par la banque centrale pour ces objectifs finaux. On montre ensuite dans quelle mesure la Banque du Japon s'est écarté significativement du comportement moyen déduit de l'estimation au cours des épisodes de fragilisation puis de crise du système bancaire. On essaie enfin d'aller au-delà de l'analyse économétrique en apportant des éléments d'explication à ces épisodes.
Cette étude permet de dégager plusieurs enseignements importants concernant le comportement de la Banque du Japon. L'estimation d'une fonction de réaction sur longue période (75-96) et au cours des 10 dernières années confirme le fait que la politique monétaire japonaise n'est pas uniquement dictée par des objectifs internes, mais qu'elle répond aussi aux variations du taux de change. Il s'agit d'un élément important à prendre en compte pour l'analyse de la gestion monétaire internationale dans le cadre du monde tripolaire qu'induit la mise en place de l'Euro. Le succès du Japon dans la maîtrise des prix ne semble pas en outre lié à un comportement particulièrement vigilant en matière d’inflation.
Au cours des 10 dernières années, la banque centrale japonaise s'est écarté à plusieurs reprises du comportement moyen défini par nos estimations. Toutes les simulations font ressortir une politique inhabituellement expansionniste à la fin des années quatre-vingts, au moment de la bulle financière. Parmi les divers éléments susceptibles d'expliquer ce comportement passés en revue dans cette étude, le rôle de la coordination internationale des politiques monétaires et des pressions américaines semble déterminant. Nos estimations tendent également à conforter les critiques d'une détente monétaire trop lente au début de la récession. Depuis 1995, en revanche, le maintien des taux d'intérêt à un niveau plancher semble dicté par des considérations autres que les objectifs traditionnels de la banque centrale japonaise, la situation de crise bancaire. Les relations entre crise bancaire et politique monétaire sont en fait multiples et complexes. La crise bancaire semble tout d'abord bloquer les mécanismes traditionnels de relance de l'activité par la politique monétaire. En même temps, le maintien à un bas niveau des taux d'intérêt vise aussi à l'amélioration de la situation financière des banques, nécessaire l’accélération de l'apurement des bilans et à la relance du crédit. La crise bancaire constitue dès lors une contrainte sur la politique monétaire japonaise et est une source potentielle de conflit d'objectif pour la banque centrale. Ce risque est toutefois aujourd'hui très faible compte tenu de la dégradation de la situation conjoncturelle au Japon depuis 1997.
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