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  La réestimation du PIB chinois  
  parFrançoise Lemoine
     Le communiqué publié le 20 décembre par le Bureau national des statistiques fournit une nouvelle estimation du PIB chinois résultant du recensement économique national qui a eu lieu en 2004. C’est le premier recensement qui inclut les services et le bâtiment, alors que les précédents portaient sur l’industrie seulement. Les chiffres communiqués aboutissent à une estimation du PIB en 2004 de 15 987 milliards de yuans (soit 1 973 milliards US$) contre 13 687 milliards de yuans (1 689 milliards US$) pour les précédentes estimations.

   La différence, 2 300 milliards de yuans (283 milliards de US$), soit 17% s’explique pour l’essentiel (93%) par la nouvelle estimation de la valeur ajoutée dans les services. La révision a été particulièrement forte dans les services suivants: transport et stockage, télécommunication, commerce de gros et de détail, restauration, immobilier. Les services étaient jusque-là sous-estimés car l’appareil statistique chinois n’était pas équipé pour recenser la multitude de petites entreprises privées et individuelles qui se sont développées dans ces secteurs, souvent sans règles comptables précises. En outre, il ressort du recensement que certains services ont été classés à tort dans l’industrie manufacturière.

   L’ampleur de cette réestimation n’est pas surprenante. Certaines études sur l’économie chinoise (notamment celles de la Banque mondiale et d’Angus Maddison) ont depuis longtemps donné des estimations du PIB chinois supérieures aux chiffres officiels, destinées à mieux prendre mieux en compte le secteur des services notamment. L’estimation d'Angus Maddison pour 1978 était supérieure de 30% au chiffre officiel (« L’économie chinoise : Une perspective historique », OCDE, 1998).

   Les conséquences de cette révision sont doubles:
    1) Elle rehausse le poids de la Chine dans l’économie mondiale. Avec son nouveau PIB (converti en $ au taux de change courant), la Chine rejoint presque la France, au 5ème rang mondial. Son poids passe de 4% à près de 5% du PIB mondial. Le PIB par habitant passe de 1300$ à 1500$.

    2) Le plus important est que les nouveaux chiffres redressent certains traits de l’économie chinoise et en donnent une image moins déséquilibrée. En effet la réestimation à la hausse du PIB, due à l’inclusion de services peu capitalistiques et non exportateurs, a pour effet d’abaisser le taux d’investissement et le taux d’ouverture de l’économie, les ramenant à des niveaux moins exceptionnels. Ainsi le ratio investissement/PIB passe de 44% à 39%, et le ratio exportations+importations/PIB passe de 68% à 58%. Même si ces taux demeurent élevés, la croissance économique apparaît un peu moins dépendante des marchés extérieurs et de l’effort d’investissement, et donc plus centrée sur la consommation intérieure. A un moment où des incertitudes se faisaient jour sur la soutenabilité de la croissance chinoise, la publication de ces chiffres contribuera sans doute à rassurer les investisseurs.

   La révision a pour effet d’augmenter le poids du secteur des services qui apparaissaient jusqu’ici singulièrement sous développés en Chine. Leur contribution au PIB passe de 32% à 41%, tendant à rapprocher la Chine des autres pays en développement. Le poids de l’industrie dans le PIB s’en trouve réduit de 53% à 46% et celui de l’agriculture de 15 à 13%.

   La révision augmente aussi l’importance du secteur privé, puisque la majeure partie des activités nouvellement recensées appartient au secteur privé. Le poids du secteur privé atteindrait 63% du Pib en 2004, ce qui va dans le sens des conclusions de la récente étude économique de l’OCDE qui l’estimait à 57% en 2003. L’intégration dans les statistiques officielles de ces activités jusqu’ici informelles permettra sans doute de confirmer qu’elles ont constitué les grands gisements d’emplois de ces dernières années en Chine.

   En conclusion, même s’ils sont loin de lever toute incertitude sur les statistiques chinoises, et si leur publication vient à point nommé pour donner une image rassurante de l’économie chinoise, les nouveaux chiffres correspondent à une information plus complète sur les activités économiques du pays. Le Bureau d’Etat des statistiques doit publier les données de ce recensement et procéder à une réestimation des séries de PIB depuis 1993. Nul doute que cela renouvelle assez profondément l’analyse de l’économie chinoise, dans son ensemble comme au niveau des différentes provinces.
   
      21 décembre 2005