| Au premier abord, la réunification allemande aurait dû favoriser la croissance en Europe : hausse du pouvoir d'achat des résidents dans les provinces de l'Est, déplacement de la demande vers les produits de l'Ouest, hausse de la population active disponible pour les productions capitalistes. Ces avantages auraient dû l'emporter sur la hausse des coûts et l'obsolescence accélérée du capital à l'Est. Cependant l'Allemagne s'est lancée dans une politique de rattrapage économique et surtout social des provinces de l'Est, au détriment de la croissance en Allemagne de l'Ouest, et plus généralement en Europe occidentale. Ainsi, les autorités allemandes ont accepté les hausses de salaires à l'Est sans les subventionner ; elles ont subventionné le capital à l'Est et, par le truchement de bonifications d'intérêts, elles ont déconnecté le prix du capital à l'Est de la politique monétaire restrictive pratiquée par la Bundesbank ; enfin, elles ont levé des impôts supplémentaires à l'Ouest pour financer et les investissements en infrastructures et la protection sociale à l'Est.
Dans ce contexte, une réévaluation du mark devait faciliter l'ajustement à court terme. En effet, la mise au rebut du capital à l'Est entraînait un excès de demande qui nécessitait une hausse relative des prix allemands.
Après un examen attentif des chocs à l'uvre lors de la réunification et des différentes composantes de la politique allemande, nous analysons cette dernière à l'aide d'un modèle d'accumulation qui présente plusieurs originalités par rapport à la littérature existante : rationnement sur les marchés des biens, du capital physique et du travail, ajustement rapide des marchés financiers avec anticipations " semi-rationnelles ", politiques fiscales et monétaires endogènes. Cette analyse remet en cause un certain nombre d'idées reçues. En particulier, le comportement du taux de change réel allemand à court et long terme dépend des politiques menées : toute politique qui favorise la demande ex-ante provoque une appréciation et inversement. Au regard de nos simulations, si elle avait été associée à des dépenses d'infrastructures, une politique de baisse du taux d'intérêt et de taxation du capital (laissant le coût d'usage du capital globalement inchangé) aurait amélioré la situation du point de vue de l'emploi sans amoindrir la croissance. En outre, cette dernière aurait bénéficié aux autres pays européens. Du point de vue des provinces de l'Est, le maintien provisoire en activité des anciens équipements serait plus efficace pour l'emploi durant la transition que les subventions aux salaires qui sont neutres si elles sont financées par l'impôt.
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