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English
  N° 65
1er trimestre 1996
Les échanges de biens intermédiaires de la triade
Lionel Fontagné
Michael Freudenberg
Deniz Ünal
 
La mondialisation de l'économie implique de forts échanges de biens "en cours de production" : transformés, composants et pièces détachées, regroupés ici sous le terme de biens intermédiaires. L'échange de cette catégorie de biens procède donc d'une interruption des processus productifs, interruption remettant en cause la représentation théorique traditionnelle de l'échange international. Il apparaît que des renversements d'avantages comparatifs le long du spectre productif peuvent conduire à une division verticale du travail : les pays se spécialisent sur des segments de processus plutôt que sur des biens finals. L'échange international inter-branche de biens intermédiaires est alors à l'origine d'un gain d'efficacité supplémentaire par rapport au seul échange de biens finals.

Concernant l'échange intra-branche de biens intermédiaires, la nouvelle économie internationale met en évidence l'intérêt, pour les producteurs, de disposer d'une plus grande variété de spécifications de leurs inputs : l'échange international intra-branche de biens intermédiaires différenciés est à l'origine d'un autre gain d'efficacité. Du point de vue de la politique économique, la mise en évidence de forts courants d'échanges de biens intermédiaires a plusieurs conséquences :
- la spécialisation effective peut diverger de la spécialisation apparente  ;
- la protection effective peut différer de la protection apparente ;
- la régionalisation, en tant que démarche à caractère institutionnel, peut se heurter aux pratiques micro-économiques de division internationale des processus productifs.

Seul ce dernier point sera examiné ici, dans la perspective d'une organisation du commerce mondial autour de la "Triade".

Les méthodes empiriques sur l'échange de biens intermédiaires butent sur un problème simple : les nomenclatures de commerce international n'ont pas été construites avec la préoccupation de repérer ce type d'échange. La méthode utilisée dans cet article consiste à réagréger les statistiques de commerce sur la base de la nature technique des produits : matières premières, transformés, pièces détachées, biens finals.

Un premier résultat important apparaît sur les données de commerce de 1992 : les biens finals représentent moins de la moitié du commerce des Etats-Unis, du Japon et de l'Europe.

Par ailleurs, et ceci rejoint le débat sur la régionalisation, l'échange international de biens intermédiaires dépasse largement les limites des éventuels " blocs commerciaux " (la "forteresse Europe") : la CE, les Etats-Unis et le Japon sont fortement importateurs de biens intermédiaires en provenance d'autres régions géographiques.

Dans les échanges inter-branche, les retournements d'avantage comparatif concernent plus particulièrement les partenaires proches, et certaines branches comme l'automobile (au sein de l'ALENA par exemple). Le Japon participe au commerce international sur la base d'une logique horizontale plutôt que verticale de division du travail.

L'échange de biens intermédiaires est plus intra-branche que le commerce de biens finals, ce qui souligne l'importance des gains potentiels de variété pour les producteurs de la Triade. Les limites de la régionalisation apparaissent également ici : si l'échange de biens intermédiaires est plus intra-branche celui de bien finals, ce phénomène est plus marqué dans le cas des relations extra-régionales.
Résumé
Numéro thématique "L'Europe entre marché unique et tensions monétaires"  
  Classification JEL
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