|
|
|
|
 |
|
|
| |
N°76 |
 |
 |
| 4ème trimestre 1998 |
| La maîtrise
du risque systèmique international |
| Michel Aglietta |
|
La crise financière asiatique
sinscrit dans une longue série de perturbations qui témoignent des fragilités
du système financier global. De nombreux épisodes ont révélé lexistence
déchecs de coordination sur les marchés financiers, déquilibres multiples,
dattaques spéculatives auto-réalisatrices, de défauts bancaires étendus.
Une partie de ces problèmes trouve son origine dans une ouverture financière mal
conçue tirant profit des entrées de capitaux. Dans les pays asiatiques, il faut
comprendre la libéralisation financière comme une innovation systémique, qui a
détruit la cohérence préexistante, cest-à-dire le contrôle du crédit par
lEtat, sans en créer de nouvelle. Lexplosion de la demande de crédit,
financée par un endettement étranger à court terme, est à lorigine dune
faiblesse structurelle, qui a été la principale source dincertitude sur
les marchés financiers.
Les déficiences du côté des débiteurs ne sont cependant pas les seules causes
des crises récurrentes. Les situations de " stress " révèlent
également des fragilités dissimulées du côté des créditeurs : information asymétrique,
évaporation de liquidité sur des segments critiques des marchés monétaires de
gros, comportement mimétique des gestionnaires de fonds, couverture dynamique
des principaux intermédiaires de marché, fortement concentrés. Ces facteurs font
apparaître et renforcent comportements moutonniers et contagion.
Ces phénomènes sont les symptômes du risque systémique. Ils produisent des équilibres
anormaux, socialement inefficients, que lon peut interpréter comme le résultat
involontaire des échecs de coordination entre agents rationnels opérant dans des
environnements imparfaits. Le risque de système réclame un filet de sauvetage
complet, capable de contrecarrer les ventes suscitées par la panique et les effets
de déversement sur les marchés financiers mondiaux. Une telle régulation devrait
être aussi bien systémique que prudentielle ; elle devrait se concentrer sur les
risques de marché comme sur les risques-pays. Laléa de moralité et la nécessité
dun prêteur international en dernier ressort découlant tous deux du risque
systémique, une régulation globale devrait les traiter comme deux questions complémentaires
plus que substituables.
Pour ce qui concerne les débiteurs, on ne peut recourir quà une approche
structurelle de long terme. Celle-ci est inscrite dans les principes centraux
de la supervision bancaire, complétée, dans les pays en développement, par les
directives en matière de réformes financières qui laccompagnent. Ces réformes
ne peuvent être mises en uvre que pays par pays, sous la direction du FMI
et (ou ?) de la Banque mondiale. Une telle approche serait indubitablement
fragmentaire et non-coopérative. Elle se heurterait à des obstacles formidables
en se confrontant aux habitudes acquises, et échouerait donc largement à établir
le filet de sécurité financière global nécessaire.
La solution au problème se trouve du côté des créanciers. Elle devrait porter
sur la prise de risque des principaux intermédiaires financiers fortement concentrés
sur les marchés mondiaux. Cette question est très différente de celle de la surveillance
macro-économique des pays individuels. La responsabilité ne devrait pas en revenir
au FMI, mais au club des superviseurs de banques et des banques centrales abrité
par la Banque des Réglements internationaux, et éventuellement élargi. Il faut
conserver lapproche progressive, favorable au marché, mais en y adjoignant
des exigences substantiellement renforcées en matière de gestion du risque interne
pour tenir en respect laléa de moralité. Il faut enfin mettre en uvre
une surveillance financière globale, incluant un système de notation attribuée
par les superviseurs appropriés, et associée à un mécanisme daction correctrice
rapide en cas de prise de risque excessive.
Les marchés financiers globaux, où le risque de liquidité peut provoquer paniques
et contagion, ne peuvent se passer dun prêteur en dernier ressort international.
Lhistoire enseigne que le prêt en dernier ressort est une prérogative ad
hoc de banque centrale, et quil ne peut certainement pas être institutionnalisé
au niveau international. Ce sont les particularités de cette fonction qui justifient
sa nécessaire flexibilité : pour restaurer la confiance de marchés financiers
troublés, tout en préservant une ambiguïté constructive envers les firmes financières
individuelles, elle réclame des ressources monétaires illimitées et une discrétion
absolue. Le prêt en dernier ressort a pour vocation détablir un prix plancher
sur des marchés monétaires critiques, affectés par des paniques, elles-mêmes nourries
par des attaques spéculatives auto-réalisatrices. Ce rôle est très éloigné de
celui que peut jouer le FMI, et ne peut revenir quà un club de banques centrales
puissantes, travaillant sur une base coopérative ad hoc et se consacrant à éviter
le désordre des marchés monétaires mondiaux.
|
Résumé |
| Numéro
thématique "Les crises en Asie" |
|
| E58, F32, F33. |
Classification JEL |
|
Bon
de commande |
|
|
|
|