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La Russie en transition post-socialiste a échoué à restructurer son industrie.
Cet article montre en quoi l'évolution des formes de contrôle et de financement
des entreprises durant la transition n'a pas donné place à un modèle cohérent
permettant la restructuration industrielle. En effet, trois modèles de propriété,
de financement et de contrôle des entreprises sont possibles. Le premier, qualifié
d"insido-bancaire ", associe une propriété dominée par les
insiders, un financement principalement bancaire et un contrôle par le mécanisme
de faillite. Apparu au lendemain de la première phase des privatisations, ce modèle
a buté sur l'absence de financement bancaire et de menace crédible de mise en
faillite.
C'est la contrainte de financement qui a alors poussé les insiders à ouvrir
un peu le capital des entreprises pour tenter de mettre en place le deuxième modèle
qualifié de " mixte-marché " ; celui-ci associe une propriété
par des actionnaires extérieurs dispersés, un financement par les marchés de capitaux
et un contrôle par les mécanismes de gouvernance standards, au premier rang desquels
les conseils d'administration et le marché du contrôle. Le sous-développement
des marchés de capitaux et l'inefficacité totale des mécanismes de contrôle par
les actionnaires extérieurs ont rendu impossible sa mise en place. Ce deuxième
échec a entraîné un refuge vers le troisième modèle, celui des groupes industriels
et financiers.
Les groupes qui ont émergé en Russie ont bâti leur puissance sur leurs relations
avec le pouvoir politique et sont parvenus, un temps, à être des acteurs dominants
sur la carte industrielle russe, jusquà la crise de l'été 1998 qui a entraîné
un effondrement des banques qui les avaient constitués. Ces groupes ne présentaient
pas les caractéristiques nécessaires à des systèmes de gouvernance contractuelle
efficaces. En effet, certains des piliers constitutifs du modèle de groupe, telle
que la contractualisation implicite, fortement informelle et relationnelle, ont
été choisis par défaut, c'est-à-dire par incapacité à fonctionner dans un système
de contrats explicites. D'autres piliers structurels et essentiels du modèle des
groupes ont été profondément altérés. Dans ce cas, les rapports de confiance et
d'équilibre d'interdépendance, basés sur des participations croisées multiples,
sont remplacés par des rapports de force et des dépendances radicales. Le contrôle
mutuel laisse place à un pouvoir unilatéral établi au travers dun réseau
opaque et faiblement réciproque de créances multiples. Le modèle de groupe qui
a ainsi émergé en Russie séloignait fortement des modèles auxquels il se
référait, notamment celui du Japon, et na pas apporté les avantages escomptés
en termes de gouvernance. Les groupes russes ont plutôt constitué le signe tangible
de léchec des réformes micro et méso-économiques, issu de la grande incomplétude
des réformes institutionnelles indispensables au développement des mécanismes
de contrôle et de financement des entreprises. Ces groupes pourraient en définitive
bloquer lindustrie russe dans une trajectoire de sous-développement, avec
des méga-groupes rentiers et prédateurs interdisant le passage au stade proprement
" capitaliste " de la transition, après la première étape
qui naurait été quune phase daccumulation de fortune monétaire.
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