| "La monnaie, c'est capital",
mais "l'aspect véritablement capital est la quantité de cette
monnaie". Ces deux expressions, qui trouvent leur origine dans la littérature
monétariste universitaire, ont fait florès au début des années
soixante-dix.
L'inflation endémique, qui a été le lot des économies
latino-américaines pendant des dizaines d'années avant de toucher
les Etats-Unis et la plupart des pays industrialisés vers la fin des années
soixante et tout au long des années soixante-dix, a ainsi été
expliquée par une augmentation persistante de la quantité de monnaie
en circulation. Et si certains pays, l'Allemagne et la Suisse, notamment, ont
pu conserver des taux d'inflation modestes, c'est, dans cette optique, grâce
à une meilleure maîtrise de la croissance de leur masse monétaire.
Au cours des années quatre-vingt en Amérique du Nord, en Europe,
en Asie de l'Est et en Océanie, puis à partir du début des
années quatre-vingt-dix en Amérique latine, on a constaté
une baisse généralisée des taux d'inflation, phénomène
que les analystes monétaristes ont attribué à un ralentissement
de la croissance de la masse monétaire. Les crises monétaires qu'ont
connues l'Europe en 1992, le Mexique en 1995, l'Asie du Sud-Est en 1997, la Russie
en 1998 et le Brésil en 1999 sont pour leur part imputées à
des politiques macroéconomiques trop expansionnistes, tant sur le plan
monétaire que budgétaire, dans le cadre de régimes de change
trop rigides.
Pour ceux qui adhèrent à cette théorie moderne de la
quantité de monnaie, et qui interprètent de la sorte l'inflation
et la stabilisation, la recette des mécanismes monétaires internationaux
est fort simple : d'une part, chaque pays devrait confier sa monnaie à
une banque centrale indépendante, de manière à garantir la
stabilité du niveau général des prix ; d'autre part, la valeur
de cette monnaie devrait être déterminée par un régime
de change flottant. Dans un tel cadre, il n'y aurait ni à coordonner les
politiques monétaires, ni à limiter les flux de capitaux. La stabilité
des prix serait garantie dans chaque économie nationale, ainsi qu'à
l'échelle mondiale. Enfin, les crises monétaires n'existeraient
pas.
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