| Cet article entend prouver que
certains facteurs relatifs à l'économie régionale dominante
(le Japon) ont joué, et continueront de jouer, un rôle essentiel
dans le comportement des flux financiers du Japon vers les marchés émergents
de l'Asie de l'Est. Les prêts des banques japonaises aux pays de cette région,
en particulier, peuvent en grande partie s'expliquer par des évolutions
financières, institutionnelles et économiques survenues dans l'archipel
après la crise financière et bancaire qui a suivi l'éclatement,
fin 1989, de la bulle boursière.
Ces événements au Japon ont très largement contribué
à la formation de bulles sur les marchés financiers et du crédit
en Thaïlande, en Malaisie, en Indonésie et en Corée mais d'autres
banques étrangères ont aussi pesé sur ces phénomènes.
L'article suggère également que les cycles du crédit (expansions
et contractions) dans nombre de pays est-asiatiques peuvent être suscitées
par une dynamique induite par l'extérieur. Dans ce contexte, il importe
de comprendre les déterminant des flux massifs de capitaux privés,
et spécialement les prêts bancaires, du point de vue de l'économie
régionale dominante (le Japon, en l'occurrence).
Cette importance des facteurs extérieurs dans la formation de bulles
sur les marchés locaux du crédit a deux aspects : d'une part, elle
souligne la nécessité d'une meilleure coordination régionale
pour empêcher les phases d'expansion trop fortes, et renforcer les mécanismes
de solution des crises en partageant le fardeau des coûts et des responsabilités
en période de contraction. D'autre part, elle renvoie au fait qu'après
un net recul pendant la crise de 1997-98, la reprise des prêts japonais
aux marchés émergents dépendra largement de variables institutionnelles
et des choix politiques propres au Japon (changements dans les politiques régissant
l'investissement étranger, la macroéconomie ou la monnaie, entre
autres).
Le rôle des banques étrangères privées en période
d'expansion ou de contraction explique également pourquoi les crises du
XXIème siècle, inédites, qui touchent le compte de capital
de la balance des paiements, sont plus graves que les crises de la dette d'autrefois
qui concernaient principalement des emprunteurs publics, et frappaient la balance
des paiements courants (chocs sur le prix des matières premières
ou les taux d'intérêt, par exemple). Les opérations des banques
étrangères peuvent en effet catalyser d'autres sorties de capitaux
en cas d'incertitude et de panique financière. De fait, ces nouvelles crises
(Mexique, Indonésie, Thaïlande, Corée, notamment) ont nécessité
des injections de capitaux publics nettement plus importantes pour compenser les
sorties massives de fonds privés, puisqu'une grande partie de la dette
asiatique avait été contractée à court terme, par
le secteur privé et non public. La contagion est donc beaucoup plus rapide,
comme on l'a constaté en particulier en Asie de l'Est.
Après les crises dans les pays du sud-est asiatique, l'analyse économique
s'est surtout attachée aux " vulnérabilités financières
" dues à la fragilité et au surendettement des secteurs bancaires
dans cette région (voir FMI [1998] ; Banque mondiale [1998] et Krugman
[1998a]). La question-clef, pour les décideurs, consiste toutefois à
déterminer le sens de la relation causale. La surabondance des prêts
tient-elle à l'offre ou à la demande, auquel cas la formation de
bulles sur le marché du crédit pourrait, par exemple, s'expliquer
par la libéralisation financière liée à la nouvelle
architecture internationale des marchés (Demetriades [1999]) ? Et ces deux
justifications s'excluent-elles mutuellement ?
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