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English
  N°84    
4ème trimestre 2000
Après la bulle et la crise : les banques japonaises et l'Asie de l'Est
Luiz A. Pereira da Silva  
Cet article entend prouver que certains facteurs relatifs à l'économie régionale dominante (le Japon) ont joué, et continueront de jouer, un rôle essentiel dans le comportement des flux financiers du Japon vers les marchés émergents de l'Asie de l'Est. Les prêts des banques japonaises aux pays de cette région, en particulier, peuvent en grande partie s'expliquer par des évolutions financières, institutionnelles et économiques survenues dans l'archipel après la crise financière et bancaire qui a suivi l'éclatement, fin 1989, de la bulle boursière.

Ces événements au Japon ont très largement contribué à la formation de bulles sur les marchés financiers et du crédit en Thaïlande, en Malaisie, en Indonésie et en Corée mais d'autres banques étrangères ont aussi pesé sur ces phénomènes. L'article suggère également que les cycles du crédit (expansions et contractions) dans nombre de pays est-asiatiques peuvent être suscitées par une dynamique induite par l'extérieur. Dans ce contexte, il importe de comprendre les déterminant des flux massifs de capitaux privés, et spécialement les prêts bancaires, du point de vue de l'économie régionale dominante (le Japon, en l'occurrence).

Cette importance des facteurs extérieurs dans la formation de bulles sur les marchés locaux du crédit a deux aspects : d'une part, elle souligne la nécessité d'une meilleure coordination régionale pour empêcher les phases d'expansion trop fortes, et renforcer les mécanismes de solution des crises en partageant le fardeau des coûts et des responsabilités en période de contraction. D'autre part, elle renvoie au fait qu'après un net recul pendant la crise de 1997-98, la reprise des prêts japonais aux marchés émergents dépendra largement de variables institutionnelles et des choix politiques propres au Japon (changements dans les politiques régissant l'investissement étranger, la macroéconomie ou la monnaie, entre autres).

Le rôle des banques étrangères privées en période d'expansion ou de contraction explique également pourquoi les crises du XXIème siècle, inédites, qui touchent le compte de capital de la balance des paiements, sont plus graves que les crises de la dette d'autrefois qui concernaient principalement des emprunteurs publics, et frappaient la balance des paiements courants (chocs sur le prix des matières premières ou les taux d'intérêt, par exemple). Les opérations des banques étrangères peuvent en effet catalyser d'autres sorties de capitaux en cas d'incertitude et de panique financière. De fait, ces nouvelles crises (Mexique, Indonésie, Thaïlande, Corée, notamment) ont nécessité des injections de capitaux publics nettement plus importantes pour compenser les sorties massives de fonds privés, puisqu'une grande partie de la dette asiatique avait été contractée à court terme, par le secteur privé et non public. La contagion est donc beaucoup plus rapide, comme on l'a constaté en particulier en Asie de l'Est.

Après les crises dans les pays du sud-est asiatique, l'analyse économique s'est surtout attachée aux " vulnérabilités financières " dues à la fragilité et au surendettement des secteurs bancaires dans cette région (voir FMI [1998] ; Banque mondiale [1998] et Krugman [1998a]). La question-clef, pour les décideurs, consiste toutefois à déterminer le sens de la relation causale. La surabondance des prêts tient-elle à l'offre ou à la demande, auquel cas la formation de bulles sur le marché du crédit pourrait, par exemple, s'expliquer par la libéralisation financière liée à la nouvelle architecture internationale des marchés (Demetriades [1999]) ? Et ces deux justifications s'excluent-elles mutuellement ?

Résumé

Texte intégral

Numéro thématique "La longue crise de l'économie japonaise"  
Bulle financière ; système bancaire ; crédit ; marchés financiers ; crise ; système monétaire ; système des paiements ; Asie Mots clés
G15 ; G21 ; G32 ; O53 Classification JEL
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