Alors que la crise financière
et économique dure au Japon depuis dix ans, l'obstination avec laquelle
le gouvernement a poursuivi une politique de relance dispendieuse et peu efficace,
et la lenteur mise à prendre les mesures pour apurer les mauvaises créances
bancaires font problème. On peut s'interroger : où est passée
cette efficacité qui a fait la réputation de l'administration japonaise
et de ses politiques économiques ?
Pour comprendre, il faut analyser la crise pour ce qu'elle est en dernier ressort
: la crise d'un modèle de compromis social original, qui a assuré
trois décennies de croissance et de stabilité, mais qui est totalement
incompatible avec la mondialisation de l'économie. Ce "modèle"
fonctionnait moins selon une logique proprement économique (celle de 'l'État
développeur'), mais plutôt selon une logique politique au service
de l'hégémonie du Parti libéral-démocrate (celle de
'l'État clientélaire'). Aussi le traitement de la crise des années
quatre-vingt-dix a-t-il répondu d'abord à une logique politique.
L'administration, et particulièrement le ministère des Finances,
ont été incapables de faire prévaloir la rationalité
économique, ce qui remet en cause la thèse dominante selon laquelle
ce serait elle qui "gouvernerait le Japon".
La stratégie du PLD a consisté ¾ consciemment ou non ¾
à acheter avec de l'argent public le temps nécessaire à faire
accepter par l'électorat des remèdes impopulaires et la nécessité
d'un changement global. Ce faisant, il a préservé la cohésion
sociale et son propre pouvoir. D'un point de vue économique, le coût
peut sembler élevé en termes de temps perdu et de ressources gaspillées.
Mais le Japon semble disposer des atouts nécessaires pour rebondir, voire
¾ mais cela est moins sûr ¾ ré-inventer son propre
modèle original de compromis social. |
Résumé
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