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©CEPII 2001
Rapport d'activité 2009 Rapport d'activité 2008 du CEPII
   
Quelques résultats saillants des travaux du CEPII en 2009
Texte intégral
   
Les recherches du CEPII en 2009 ont naturellement été marquées par la crise économique et financière mondiale. Le programme Monnaie et finances internationales a été particulièrement mis à contribution. Des réflexions menées au CEPII, il ressort que le G20 s’est attaqué à des dimensions réglementaires et macrofinancières importantes de la crise mais a laissé en suspens des questions difficiles telles que l’aléa de moralité dans le monde d’après le sauvetage des banques, le compromis à trouver entre stabilité financière et coût du capital, le périmètre de la régulation financière (avec par exemple la question des hedge funds), l’enjeu que représente, pour les banques centrales, leur mandat nouveau (ou redécouvert) en matière de stabilité financière, et l’efficacité de la revue par les pairs pour remédier aux déséquilibres mondiaux. Par ailleurs, on peut noter que le G20 a été particulièrement actif sur les sujets "G7" (régulation financière), tandis que, pour les grandes économies émergentes, la priorité est d’éviter le protectionnisme, de réformer les institutions internationales et… de développer (plutôt que de restreindre) le secteur de la finance. Sur ce dernier point, les recherches menées au CEPII jettent un doute sur les bienfaits des investissements directs étrangers dans le domaine bancaire : en Europe Centrale et Orientale, l’entrée des banques étrangères a, toutes choses égales par ailleurs, réduit le taux moyen de créations d’entreprises, révélant des problèmes aigus d’asymétries d’information.
La question des déséquilibres mondiaux, sujet "G20" par excellence, n’a pas été abordée avant la réunion de Pittsburg de septembre 2009. Or, la crise financière a accru les tensions sur le système monétaire international, l’absence d’ajustement monétaire en Asie étant en particulier perçue comme l’une des causes de la crise. Un important travail a été réalisé au CEPII sur ces questions en 2009. Ils suggèrent que l’appréciation du dollar au début de la crise a bien résulté d’un effet "valeur refuge", mais que c’est moins le dollar que les bons du Trésor américains qui ont attiré les investisseurs. Le déséquilibre de l’économie américaine, lui, s’est accentué au début de la crise, les États-Unis étant "longs" en actifs risqués et "courts" en actifs non risqués. Les travaux réalisés cette année confirment aussi l’impact négatif d’une surévaluation du taux de change sur la croissance, un comportement différent des monnaies asiatiques et occidentales autour de leurs valeurs d’équilibre et une sensibilité des ancrages de change nationaux aux crises non seulement locales mais aussi mondiales. Dans l’ensemble, le point de vue du CEPII sur le système monétaire international est que la crise pourrait bien accélérer l’évolution du système monétaire international vers un système multipolaire.

Le programme Politiques économiques et structurelles a, quant à lui, abordé la crise sous l’angle de la soutenabilité des finances publiques et de l’utilité de dispositifs tels que le Pacte de stabilité et de croissance (PSC). On ne peut être que frappé par la difficulté qu’ont les économistes à caractériser les finances publiques d’un pays comme soutenables ou non soutenables. Le chapitre de synthèse de L’économie mondiale 2010 sur ce sujet révèle le peu de littérature convaincante sur ce thème. La crise remet en cause le dispositif de coordination des politiques économiques en Europe. Le CEPII avait, de longue date, plaidé pour un élargissement de la surveillance au-delà de l’épargne publique, prenant en compte aussi l’épargne nette privée. La recherche menée en 2009 sur le PSC conclut que, sauf en France, le PSC n’a pas amélioré la qualité des prévisions des experts. En revanche, la mise en place du PSC semble avoir accru la crédibilité des prévisions budgétaires de la Commission européenne et, dans une moindre mesure, des autorités nationales en France, en Italie et au Royaume-Uni. Ces résultats suggèrent qu’en dépit de ses insuffisances, le PSC a contribué à ancrer les anticipations budgétaires dans ces trois pays.
Dans le domaine des migrations, des résultats ont été obtenus sur la question du "gaspillage de talents", c’est-à-dire l’inadéquation des emplois occupés par les travailleurs immigrés par rapport à leurs qualifications. La recherche menée suggère que ce gaspillage tend à diminuer avec la durée du séjour dans le pays d’accueil, mais qu’il dépend aussi des politiques des pays d’accueil, du niveau de formation des migrants, de leur proximité ethnique et linguistique avec le pays d’accueil et d’effets de réseaux. Une seconde recherche a porté sur l’émigration française. Les premiers résultats montrent que la sélectivité de l’expatriation française est plus forte vers les États-Unis et le Canada (où elle tend à augmenter) que vers l’Europe (où elle reste stable). La sélectivité s’explique en partie seulement par le fait que les expatriés travaillent dans les secteurs les plus productifs (effet de composition). Les expatriés français vers l’Europe et le Canada perçoivent des salaires identiques à ceux des autochtones aux caractéristiques identiques. En revanche, les expatriés vers les États-Unis perçoivent une prime par rapport à leurs homologues américains indépendamment de leur niveau d’éducation, de leur secteur d’activité ou de leur profession. Ces résultats suggèrent que les expatriés sont véritablement sélectionnés parmi les individus les plus productifs. Enfin, un troisième travail sur les migrations s’est intéressé à l’effet de la crise. La contraction des flux migratoires dans le monde a été accentuée par le durcissement des politiques migratoires. La baisse des remises des migrants est un handicap important pour des pays en développement qui, traditionnellement, subissent les crises avec un certain retard mais plus durablement que les pays avancés.
Sur la fiscalité, enfin, les recherches menées mettent l’accent sur les externalités d’un impôt pourtant levé sur une base peu mobile – la TVA. L’étude de la hausse de TVA allemande en 2007 révèle un impact négatif sur les partenaires européens, une partie de cet effet étant lié à la monnaie unique. Si l’on s’interroge maintenant sur la manière d’organiser la fiscalité susceptible le mieux de préserver la compétitivité, il ressort un fort antagonisme entre compétitivité et équité : sauf à sacrifier sa compétitivité fiscale, la France aura du mal à préserver son modèle social sans une coordination au niveau européen. La dégradation des finances publiques durant la crise pourrait accroître l’appétence des partenaires européens pour une telle coordination. Dans l’immédiat, la piste d’un élargissement de certaines bases fiscales (notamment celle de l’impôt sur les sociétés) avec baisse du taux d’imposition, mériterait d’être explorée, notamment parce qu’elle pourrait réduire les distorsions de financement, les opportunités d’optimisation et l’inégalité entre petites et grandes entreprises, dans un environnement où le dynamisme des exportations viendra en grande partie des entreprises de taille moyenne.

Le programme Intégration internationale aborde des sujets assez divers dont les principaux apports en 2009 peuvent être résumés comme suit.
Les grands pays émergents paraissent en voie de surmonter la crise de 2008 beaucoup plus facilement que les pays développés, renforçant l’intérêt que l’on porte à leurs évolutions. Ainsi, l’étude des tendances de la productivité sectorielle du travail fait apparaître de très forts contrastes qui correspondent étroitement à l’évolution de leur spécialisation internationale : les gains sont particulièrement forts dans l’agroalimentaire brésilien, dans l’industrie manufacturière chinoise et dans les services indiens, tandis que dans les autres secteurs, les gains sont faibles ou nuls. Ces évolutions laissent prévoir une accentuation des spécialisations, à moins que des politiques volontaristes viennent contrer ces tendances, l’Inde souhaitant percer dans l’industrie, la Chine dans les services et le Brésil dans les hautes technologies. Les travaux réalisés en 2009 sur la Chine mettent en évidence une progression des entreprises de ce pays dans la sophistication des produits qu’elles exportent, surtout dans les provinces chinoises les plus ouvertes et celles où la présence de multinationales étrangères est particulièrement forte. Cette tendance est de nature à accroître encore les inégalités de développement entre provinces chinoises.
Pourquoi l’Europe résiste-t-elle mieux face aux économies émergentes que le Japon ou les États-Unis ? Cela tient en particulier au succès – avant la crise de 2008 – de l’intégration des nouveaux États-membres dans l’Union. L’analyse réalisée au CEPII introduit une distinction parmi les pays émergents entre ceux qui sont d’abord des exportateurs de produits énergétiques ou miniers (pays "rentiers") et ceux qui exportent essentiellement des produits manufacturés ou agroalimentaires. Cette distinction semble pertinente quant à la capacité des pays émergents à sortir de la crise plus rapidement que les rentiers.
Parmi les pays développés, les divergences dans les tendances de productivité se maintiennent tout au long de la période 1995-2009, les États-Unis ayant maintenu leurs gains de productivité pendant la crise, contrairement à l’Europe. Sur longue période, plus que des facteurs technologiques, qui ne sont pas à négliger, la divergence entre États-Unis et Europe s’explique par les contenus de la croissance en emploi de part et d’autre de l’Atlantique, l’Europe ayant fait des efforts pour enrichir sa croissance en emplois afin de réduire le chômage.
Enfin le bilan des travaux de modélisation de l’impact économique du changement climatique fait apparaître une grande richesse et une grande diversité des approches. Les modèles "Top-Down" prennent insuffisamment en compte les potentiels de progrès technique dans le secteur énergétique, alors que les modèles "Bottom-Up" reproduisent mal les effets en retour du secteur énergétique sur l’ensemble de l’économie. Les modèles à dynamique récursive représentent insuffisamment les anticipations des agents et ne peuvent produire de scénarios normatifs. À l’opposé, certains modèles hybrides et tous les modèles d’optimisation intertemporelle ont des mécanismes d’endogénéisation qui rendent difficile l’interprétation des résultats.
La crise a aussi influencé les travaux du programme Analyse du commerce international. Le plongeon soudain du commerce mondial en 2008 (-11 %) et au début de 2009 (-30 % au premier semestre) a étonné bon nombre d’observateurs. Certains y ont vu le signe d’un retour du protectionnisme. Ils ont été aussitôt démentis par la nette reprise des exportations mondiales au second semestre 2009 (+8 %). Il n’en reste pas moins que la sur-réaction du commerce à la conjoncture internationale a suscité de nombreux commentaires et tentatives d’explications. Le CEPII a proposé deux contributions à ce débat. Tout d’abord, le modèle MIRAGE a été mis à contribution pour évaluer l’ampleur de certains mécanismes susceptibles d’expliquer la sur-réaction du commerce. Contrairement à ce que beaucoup ont affirmé, nous montrons que la fragmentation grandissante des chaînes de valeur n’a pas joué de rôle significatif. En revanche, la baisse des prix des biens échangés a très largement contribué à l’effondrement du commerce en valeur. Nous avons donc cherché à mieux comprendre les déterminants de cette baisse du prix des exportations. Au-delà de la chute des cours du pétrole, nous avons montré que les prix moyens des exportations se sont contractés en partie parce que la demande mondiale a délaissé les produits haut de gamme pour se reporter sur les variétés relativement moins chères. À ce jeu, les pays spécialisés dans le bas de gamme ont mieux vécu la crise du commerce mondial.
Par ailleurs, le CEPII a tenté cette année de proposer des éléments de réflexion sur les liens entre la structure du commerce mondial et d’autres caractéristiques importantes de la mondialisation. Premièrement, les conséquences d’une croissance à long terme des prix du pétrole sur la géographie du commerce international : en renchérissant fortement le commerce de longue distance, la hausse des cours devrait favoriser la régionalisation des échanges. Les résultats du CEPII vont bien dans ce sens, mais ils montrent que les effets d’une hausse non-prohibitive des cours sont à peine visibles. Deuxièmement, l’impact du terrorisme international sur les échanges commerciaux : les travaux du CEPII confirment que les événements terroristes affectent les exportations des pays concernés ; surtout, ils mettent en évidence le fait qu’ils réduisent aussi le commerce des pays voisins, profitant par ricochet aux pays plus éloignés. Troisièmement, le lien entre migrations et commerce : les travaux réalisés confirment que la diaspora chinoise joue un rôle moteur pour le commerce entre les principaux pays d’accueil ; surtout, ils mettent en évidence des effets comparables pour d’autres réseaux de migrants à travers le monde (turcs, mexicains, pakistanais…).
Face aux tensions internationales croissantes sur les questions de taux de change, l’équipe s’est penchée à nouveau sur le lien entre taux de change et commerce. Plusieurs études ont été conduites sur ce thème. Elles montrent notamment que les coûts de transport et l’ensemble des barrières au commerce influencent grandement la réponse des volumes échangés à une dépréciation du change. En effet, les variations du taux de change affectent inégalement les différentes entreprises : les firmes de haute productivité tendent à profiter d’une dépréciation pour augmenter leurs marges, alors que les autres entreprises préfèrent accroître leurs parts de marché à l’export. Ainsi, la réponse du commerce aux fluctuations du taux de change est d’autant plus faible que les firmes les moins productives ne contribuent que marginalement aux exportations agrégées. De plus, les effets de marge sont plus importants lorsque les coûts de transport et les barrières commerciales sont élevés. Ainsi, les exportations vers les marchés les moins accessibles réagissent plus faiblement aux chocs de taux de change réel.
Enfin, une série d’études sur les stratégies des firmes multinationales a été menée cette année, dans la lignée de celles réalisées ces dernières années au CEPII sur les liens entre les investissements directs étrangers et le commerce international mais de manière plus détaillée et approfondie, en s’appuyant sur une modélisation des stratégies d’organisation des firmes. Ces travaux concluent qu’il existe bien une forme d’arbitrage entre la création à l’étranger d’une unité de production et l’implantation d’une simple filiale de distribution. Logiquement, les marchés protégés par d’importantes barrières au commerce recevront plus d’investissements productifs. Les autres accueilleront davantage de filiales de distribution, qui auront alors un effet d’entraînement sur les flux d’exportation. Dans la même veine, on analyse l’arbitrage entre "faire faire" et "faire", c’est-à-dire entre importer des biens intermédiaires produits par des partenaires indépendants, ou implanter des filiales à l’étranger et avoir recours à des importations intragroupe. Le choix du mode d’organisation dépend fortement de la nature des entreprises : les plus productives, et celles qui ont le moins recours à des intrants spécifiques, ont une probabilité plus élevée d’importer des biens de fournisseurs indépendants. De plus, les groupes français ont tendance à privilégier l’investissement direct –et le commerce intrafirme– lorsqu’il s’agit d’importer des biens intermédiaires en provenance de pays où les régulations du travail sont plus souples.

Les principaux résultats du programme Politiques commerciales en 2009 concernent l’économie politique du protectionnisme, l’impact global des mandats de développement des biocarburants et les initiatives bilatérales et multilatérales de négociation commerciale.
Les travaux réalisés montrent tout d’abord que le choix des produits sensibles permettant d’échapper aux coupes ambitieuses est dicté par des considérations d’économie politique. Les flexibilités ainsi accordées, conduisant souvent à réduire fortement la portée des accords signés, sont une composante essentielle de l’acceptabilité des coupes tarifaires dans les pays importateurs. Facteur aggravant, les structures douanières très complexes, en accordant des protections élevées à certains produits, favorisent la fraude. Les fraudes sont effectivement communes, surtout dans les pays pauvres et pour les produits différenciés. L’ampleur de ces fraudes permet de penser que l’impact budgétaire des libéralisations est nettement surestimé lorsqu’il est calculé sur la base des recettes théoriques. La simplification de la structure tarifaire, l’automatisation du traitement des données de douane et la ratification de l’accord de l’OMC sur la valorisation en douane pourraient rendre la collecte des droits plus efficace dans ces pays.
Concernant les biocarburants, deux résultats sont obtenus. D’une part, il est montré que le soutien aux filières de biocarburants augmente les émissions par une accélération de la déforestation et du retournement de terres non cultivées. Plusieurs années de culture sont alors nécessaires pour parvenir à un bilan carbone positif. D’autre part, les bilans sont très différenciés entre filières (blé, maïs, betterave à sucre…) en raison de la différence des rendements, de l’efficacité des chaînes de transformation et de la structure des importations.
Deux types d’agendas de négociation ont été examinés par le programme en 2009. Sur le plan multilatéral, l’analyse des propositions du Cycle de Doha a été actualisée et affinée. Elle confirme le rôle essentiel de la libéralisation dans les services et les gains potentiellement élevés d’un programme ambitieux de facilitation des échanges. Les spécialisations se renforcent, au détriment de l’agriculture européenne (même si en moyenne cet effet est limité). La question d’un accord bilatéral entre l’Union européenne et le Canada illustre les difficultés liées à la signature entre régions asymétriques : les gains en matière de commerce sont limités pour l’UE et importants pour le Canada. Ce résultat classique souligne l’importance d’intégrer à ces accords d’autres dimensions que la seule suppression des droits de douane (concurrence, investissement, etc.).
 
 
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