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Lectures critiques |
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La terre est plate. Une brève histoire
du XXIème siècle Thomas
Friedman
Saint-Simon, 2006 |
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L’analyse des
impacts de la révolution technologique sur le processus
de mondialisation constitue l’objet principal, a priori
intéressant, du dernier livre de Thomas Friedman, La
Terre est plate. Le grand chroniqueur du New York Times y
soutient l’idée que des forces d’aplatissement,
essentiellement liées au progrès technique,
se sont mises à converger et à agir ensemble
dès l’année 2000 pour créer un
« nouveau terrain de jeu planétaire ».
Nous entrons ainsi dans une nouvelle ère de la connectivité
quand, au milieu des années 1990, la « Toile
» devient mondiale. Délocalisations et externalisations
prennent alors une tout autre ampleur. Toute l’information,
via Google ou d’autres moteurs de recherche, est disponible
par tous.
L’auteur, par la multitude d’exemples qu’il
convoque, et les extraits de ses conversations avec les grands
dirigeants de la planète, tente de nous faire sentir
la gigantesque accélération des échanges
qu’il perçoit en ce début de siècle.
Sans pourtant jamais rien démontrer. Ses approximations
et son absence de méthode ont des conséquences
évidentes sur les conclusions qu’il tire.
Sa démarche elle-même paraît tout d’abord
peu scrupuleuse. Il raconte, avec un style certes léger,
les voyages qu’il entreprit pour comprendre la platitude
de la Terre et les rencontres qu’ils occasionnèrent.
Sa tâche principale est de recueillir les sentiments
des personnes interviewées sur la marche du monde.
L’idée s’avérerait intéressante
si le choix de ces personnes, presque uniquement des dirigeants
d’entreprises, était expliqué et justifié.
Au lieu de cela, il prend pour argent comptant leurs discours
sans avoir conscience, semble-t-il, qu’il choisit toujours
des « gagnants » de la mondialisation.
Il leur pose par ailleurs à tous la même question
: quand avez-vous compris que la Terre était plate
? Un étudiant en sciences sociales ne commettrait pas
cette faute grave qu’on appelle « une imposition
de problématique », lorsqu’on amène
son interlocuteur non à révéler ce qu’il
pense mais à dire ce qu’on attend de lui.
Ce manque d’objectivité se retrouve aussi dans
son introduction où il tente de définir des
séquences dans le processus de mondialisation depuis
la découverte du Nouveau Monde par Christophe Colomb.
Le monde était « de taille moyenne » jusqu’à
la date approximative de 1800, où nous entrons jusqu’en
2000 dans un monde « plus petit », malgré
évidemment la Crise des années 1930 et les deux
guerres mondiales. A partir de 2000, ce monde est en train
de devenir « minuscule ». D’ailleurs ce
ne sont plus les pays ou les entreprises qui impulsent la
marche à suivre mais les individus. De manière
plus substantielle cependant, on peut trouver en filigrane
dans ce livre une vision assez nette de la politique internationale
qu’il préconise. Les conflits du monde, selon
lui, tiennent au décalage dans les rythmes d’accès
aux bénéfices de la mondialisation et aux inégalités
de la répartition de ses bénéfices :
avec la démocratisation et la libéralisation,
ces décalages et ces inégalités se mueront
en saine émulation (il a d’ailleurs été
pour la guerre en Irak, mais critique George Bush pour son
manque de préparation de l’après-guerre).
Il évoque, d’autre part, une « théorie
de la prévention des conflits grâce à
Dell ». Les menaces d’une guerre mondiale sont
amoindries, selon lui, par les nouvelles formes de collaboration
propres au monde plat, en particulier l’harmonisation
de la chaîne d’approvisionnement des entreprises
multinationales. On ne pourrait donc pas se permettre d’entrer
dans une guerre qui coûterait trop cher en termes de
ruptures d’échanges.
Soulignons enfin que, tout comme les Américains, les
Européens promeuvent la démocratie et le libéralisme.
Mais la différence, comme le souligne François
Heisbourg dans L’épaisseur du monde, est que
les deuxièmes font progresser la démocratie
par osmose (élargissement et partenariat) et persuasion
(multilatéralisme) là où les premiers
« agissent seuls et auraient parfois tendance à
envoyer les marines ». De toute évidence l’ensemble
des défis de la planète n’appelle pas
une règle du jeu ou une réponse unique.
Puisqu’ « il faut une nouvelle idéologie
à l’ère de la platitude », Thomas
Friedman croit bon de nous en asséner pendant 400 pages.
Au demeurant un livre à l’image du monde qu’il
décrit, sans aucun relief. |
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Thomas Brand |
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