Le blog du CEPII
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Le marché obligataire, solution de sortie de crise

Les épidémies s’aggravent lorsque les médecins tombent malades. Il en va de même des crises économiques lorsque les banques sont atteintes.
Par Thomas Grjebine, Urszula Szczerbowicz, Fabien Tripier
Billet du 19 mars 2015


Les entreprises qui voient leurs revenus chuter ont crucialement besoin de ressources financières externes pour faire face à leurs obligations financières, maintenir leur activité et poursuivre leur développement. Traditionnellement, c’est le rôle des banques d’apporter ces ressources financières. Mais lorsque les banques sont elles-mêmes fragilisées, c’est tout le système financier qui dysfonctionne et qui n’est plus en mesure de collecter efficacement les ressources disponibles pour les apporter aux entreprises. C’est pourquoi les crises économiques sont plus sévères lorsqu’elles sont aussi des crises financières, comme l’a été la Grande Dépression des années 1930, mais aussi la grande récession de 2008-2009.

Réguler le système financier pour diminuer les risques qu’il fait peser sur l’ensemble de l’économie est donc une nécessité pour limiter l’occurrence des crises financières et atténuer leurs conséquences économiques et sociales. Diversifier les sources de financement des entreprises nous semble également une voie à suivre. En effet, si la crise économique limite la capacité des banques à exercer leur fonction d’intermédiaire financier, les marchés financiers peuvent offrir aux entreprises une voie alternative pour accéder au crédit.

Ce rôle de roue de secours des marchés a été mis en évidence par l’observation directe du comportement de financement des entreprises américaines et européennes durant la grande récession de 2008-2009. Les entreprises disposant d’un accès aux deux sources de crédit, auprès des banques sous la forme de prêts et sur les marchés sous la forme d’obligations, ont substitué du crédit obligataire au crédit bancaire en réponse à la contraction de l’offre de crédit des banques.

Cette substitution a aidé les entreprises ayant accès au financement obligataire à mieux passer la crise par rapport à celles qui étaient exclusivement financées par les banques. Dans l’étude que nous avons publiée (« Le financement obligataire accélère-t-il les reprises ? », La Lettre du CEPII n° 351, février 2015), nous analysons ce processus de substitution au niveau macroéconomique.

L’analyse de quatre-vingt-treize crises économiques depuis vingt-cinq ans montre que la sortie de la crise s’opère généralement avec un renforcement du financement obligataire au détriment du financement bancaire. Cela aide-t-il l’économie dans son ensemble à repartir plus vite ? Oui, et surtout dans les économies où le marché obligataire est suffisamment développé pour permettre une substitution significative entre les deux modes de financement.

Ces économies retrouvent leur niveau de produit intérieur brut réel d’avant la récession, environ un an et demi après le début de la crise. A l’inverse, la sortie de crise est deux fois plus longue dans les économies reposant quasi exclusivement sur le financement bancaire.

Le financement obligataire comporte naturellement ses propres failles, apparues notamment dans les économies émergentes et en développement, lorsqu’elles sont passées d’un financement bancaire à un financement obligataire de leurs dettes souveraines – la crise actuelle en Argentine en est un exemple.

Il faut donc garder ces failles à l’esprit et rappeler la nécessité d’une régulation prudentielle des financements de marché. A ces conditions, la diversification des sources de financement des entreprises pourrait contribuer à améliorer la résilience des économies.


Cet article a été publié dans Le Monde Éco & Entreprise le samedi 14 mars 2015.
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