Le blog du CEPII
Partager

Réflexions sur les transformations du modèle chinois (1/3)

Economies émergentes 
Billet du 15 mai 2013
Par Michel Aglietta
Trois semaines en Chine avec ma co-auteure Mme Guo Bai, ponctuées de rencontres et conférences dans les grandes universités et organisations publiques et privées, ont permis d’affiner ma réflexion sur les transformations actuelles de l’économie chinoise.
La Chine est en pleine transformation sous l’effet de forces puissantes : le pouvoir de négociation des salariés sur le marché du travail, les aspirations de la nouvelle génération de migrants et le redéploiement de l’économie vers l’Ouest. La confiance dans les nouveaux dirigeants est élevée et le changement de style affiché par Xi Jinping est perçu comme traduisant une intention de réforme.

L’urbanisation sera l’axe de la réforme d’ici 2030, l’intégration de 300 millions de migrants dans de nouveaux modèles de villes sera la clé de la restauration de l’empire chinois au sommet de la hiérarchie mondiale. La conduite de la réforme demeurera marquée par le gradualisme et le pragmatisme. Le secteur public conservera un rôle stratégique déterminant. Mais la libéralisation des prix entraînera une évolution des modes d’action de l’Etat : moins d’interventions directes et plus de régulation à l’aide de leviers indirects.
Pour réussir les réformes il faut une bonne préparation technique, un murissement des compromis politiques au sein du Parti et une congruence avec les attentes de la société civile. Comme l’avait fait Deng Xiaoping à partir de 1979, il faut engager les réformes les plus faciles qui créent le « momentum » renforçant le soutien de la société civile pour entreprendre les réformes plus difficiles.

Les réformes réalisables d’ici 2015 et déjà engagées sont les hausses des prix des ressources naturelles et de l’électricité, ainsi que l’instauration d’un prix du carbone pour les rapprocher de leurs valeurs d’utilité sociale. Réduire l’intensité de l’usage des ressources, freiner puis inverser la pollution en créant les incitations aux investissements dans les technologies propres sont des objectifs qui ont un large soutien politique.

Un autre axe sur lequel l’avancée va être rapide est la réforme financière : libéralisation des taux d’intérêt bancaires et développement des marchés obligataires vers les échéances longues pour diversifier les moyens de financement des énormes investissements liés à l’urbanisation et à la reconstitution de l’environnement. Selon un rapport de McKinsey Global Institute, les investissements à long terme de la Chine qui étaient de 3 trillions de dollars en 2010 atteindraient 6,5 trillions en 2020 à prix constants.

Il est clair que de tels besoins impliquent aussi une réforme d’envergure de l’ensemble du budget : accroître les revenus par l’instauration de taxes sur l’immobilier urbain et les gains en capital, par l’augmentation de dividendes des entreprises publiques ; réduire les charges de fonctionnement des gouvernements locaux par allègement de la bureaucratie ; définir un mécanisme objectif et inscrit dans la loi de péréquation des ressources fiscales. Les horizons de ces différentes réformes ne sont pas les mêmes. La hausse des prix des ressources et l’extension de la TVA des services sont en cours ou programmées à court terme et la réalisation de la couverture sociale minimale sera réalisée d’ici 2015, l’imposition immobilière et la réforme des retraites sont envisageables à l’horizon 2020. La  réforme administrative supprimant un échelon de la hiérarchie territoriale, et la péréquation des ressources fiscales requièrent un changement constitutionnel, soit une réforme politique lourde pour laquelle il n’existe pas encore de consensus. Ce qu’il importe de comprendre, c’est que la réforme se nourrit de sa propre dynamique. La réalisation précoce des politiques préparées et bénéficiant d’une large approbation ouvre la voie aux politiques plus controversées.

>>> Réflexions sur les transformations du modèle chinois (2/3)
< Retour