Le blog du CEPII

Du Made in… importé

Les exportations s’appuient de plus en plus sur des pièces et composants importés. En France, en 2011, ces dernières représentaient 43 % de la valeur des exportations de matériel de transport, 37 % de celles d’automobiles.
Par Charlotte Emlinger, Gianluca Santoni
 Billet du 9 mai 2017


Le développement des chaînes globales de valeur au début des années 2000 a rendu les systèmes productifs des différents pays de plus en plus interdépendants. Ces interconnexions entre pays et secteurs forment un système complexe qu’il convient de prendre en compte lors de l’élaboration des politiques de soutien à la compétitivité.
 
La production de biens industriels peut utiliser des composants et des services importés de l’étranger. Avec la fragmentation des chaînes de valeur mondiales, l’utilisation de ces intrants étrangers est de plus en plus fréquente, que ce soit pour la consommation domestique ou les exportations.
 
La base de données TiVA (OECD/OMC) décompose chaque flux d’exportation en valeur ajoutée domestique et étrangère. Le graphique 1 montre ainsi que la part de la valeur ajoutée étrangère dans les exportations a augmenté significativement entre 1995 (en abscisse) et 2011 (en ordonnée) dans la majorité des pays du monde (la plupart des pays se trouvant au dessus du trait à 45 degrés, ce trait correspondant à un niveau stable entre 1995 et 2011).[1]
 
Les pays exportateurs les plus importants (grands cercles sur le graphique 1) ont un moindre recours aux importations de composants et de services pour leurs exportations, ce qui reflète simplement le plus grand développement de leur chaîne de production domestique. La Chine fait toutefois figure d’exception, avec plus de 32 % de la valeur ajoutée exportée qui provient de l’étranger en 2011. Par ailleurs, ce pays a connu une dynamique différente des autres pays et a diminué la part de la valeur ajoutée étrangère dans ses exportations à partir des années 2000 (grand carré orange sur le graphique 1). Une étude récente de Kee et Tang (2016) a montré que cette dynamique était le résultat d’une substitution progressive des intrants importés par une production domestique lors de cette période.
 
Dans l’Union Européenne, la part de la valeur ajoutée étrangère contenue dans les exportations est relativement proche de celle de la Chine et en moyenne autour de 33 % en 2011 contre 26 % en 1995. Cette augmentation a été particulièrement marquée dans les pays de l’Europe de l’Est qui ont bénéficié de l’entrée dans le marché commun, comme la Hongrie (+18,5 points de pourcentage), la Pologne (+16,2 p.p.) ou la Slovaquie (+14,9 p.p.)[2]

La France a augmenté la part des intrants étrangers dans ses exportations de 7,8 p.p. jusqu’à 25 % en 2011, suivant la même tendance que ses pays voisins de taille similaire. L’Allemagne est son premier fournisseur (14,5 %) suivi par les États-Unis (9,8 %), l’Italie (7,5 %) et la Grande Bretagne (6,6 %, graphique 2). La Chine a vu son rôle croître ces 20 dernières années et représente désormais 6,3 % de cette valeur ajoutée étrangère, contre moins de 0,8 % en 1995.

Tous les secteurs manufacturiers français ne sont pas tous fortement intégrés dans les chaînes de valeur globales. Le graphique 3 montre que les secteurs les plus importants dans les exportations totales sont également parmi les plus intégrés. Sans surprise, les secteurs des matériels de transports (y compris aéronautique et ferroviaire) et de l’automobile sont particulièrement dépendants des importations (entre 43,2 % et 37,6 % de la valeur exportée). Les exportations de produits électroniques et chimiques (y compris pharmaceutiques) reposent également sur une forte part de valeur ajoutée étrangère.

La complexité croissante des réseaux de production et d’approvisionnement doit être prise en compte lors de l’élaboration des politiques publiques. Comme le montrent Blanchard et ses co-auteurs (2016), un pays plus intégré dans les chaînes de production mondiales a moins intérêt à protéger son marché ou à manipuler ses termes de l'échange. En effet, en taxant ses importations, un pays augmente les prix de ses consommations intermédiaires, au détriment de sa compétitivité à l’exportation. Par ailleurs, la production des pays partenaires est également dépendante des biens et services étrangers. Près de 3,4 % des exportations manufacturières de l’Espagne correspondent à de la valeur ajoutée française, ainsi que2,3 % de celles de l’Italie et de l’Allemagne. Ainsi, taxer les importations en provenance de ces pays revient à taxer à la fois ses intrants et indirectement ses propres exportations contenues dans les biens finaux importés.


[1] La part de la valeur ajoutée étrangère dans les exportations provient des données TiVA (OECD/OMC) qui fournit cette information pour 63 pays (plus le reste du monde) et 34 industries (dans la nomenclature ISIC rév. 3) pour les années 1995, 2000, 2005, 2008-2011.
[2] Seulement 4 pays européens ont vu diminuer la part de valeur ajoutée étrangère dans leur exportations : la Croatie (- 0,6 p.p.), la Lituanie (- 0,8 p.p.), l’Estonie (- 1,6 p.p.) et Malte (- 13 p.p.).

Références :

OCDE/OMC (2016). «Trade in value added», OECD-WTO: Statistics on Trade in Value Added (database).

Blanchard, Emily J. & Bown, Chad P. & Johnson, Robert Christopher, (2016). "Global supply chains and trade policy," Policy Research Working Paper Series 7536, The World Bank.

Hiau Looi Kee & Heiwai Tang, (2016). "Domestic Value Added in Exports: Theory and Firm Evidence from China," American Economic Review, American Economic Association, vol. 106(6), pages 1402-1436, June.


Graphique 1 : Part de la Valeur Ajoutée Étrangère dans les Exportations (FVAX) (en %)
Source : Base de données TiVA, OECD/OMC (2016). FVAX : part de la valeur ajouté étrangère dans les exportations. Note : la taille des cercles reflète la part de marché à l’export du pays en 2011. La France est indiquée en orange.


Graphique 2 : Origine de la valeur ajoutée étrangère dans les exportations françaises (en %)
Source : Base de données TiVA, OECD/OMC (2016). Distribution de la valeur ajoutée étrangère dans les exportations françaises par origine.


Graphique 3 : Parts de la valeur ajoutée étrangère dans les secteurs manufacturiers français (en %)
Source : Base de données TiVA, pour la valeur ajoutée étrangère et BACI (CEPII) pour les exportations. Exp Share : part du secteur dans les exportations manufacturières françaises (années 2015).
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