Le blog du CEPII
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Vers une financiarisation accrue des marchés de matières premières

Environnement & Ressources Naturelles 
Billet du 23 octobre 2012
Par Valérie Mignon, Anna Creti, Marc Joëts
Les liens entre prix des matières premières et marchés boursiers se sont renforcés avec la crise financière récente, limitant les possibilités de substitution dans la constitution de portefeuilles.
Au cours de la dernière décennie, les prix des matières premières ont connu une très forte volatilité, alternant les phases de tendance à la hausse et à la baisse. Cette évolution peut être rapprochée de celle des marchés boursiers, comme l'illustrent les graphiques 1 et 2 représentant la volatilité des rendements de l’indice boursier Standard and Poor’s 500 (S&P 500) et de l’indice des matières premières Commodity Research Bureau (CRB).
 
Graphique 1 - Volatilité des rendements de l’indice Standard and Poor’s 500 (3 janvier 2001-28 novembre 2011)

Source : Datastream. La volatilité est approximée par le carré des rendements.

Graphique 2 - Volatilité des rendements de l’indice des prix des matières premières CRB (3 janvier 2001-28 novembre 2011)

Source : Datastream. La volatilité est approximée par le carré des rendements.
 
Ainsi que le montre le graphique 3, reproduisant la dynamique des indices S&P 500 et CRB, les prix des matières premières ont connu une baisse durant la crise financière de 2007-2008, et leur lien avec le cours des actions semble s’être renforcé depuis ces tensions. Parallèlement, les matières premières ont joué un rôle de plus en plus important en termes de stratégie de composition de portefeuilles, tout comme les diverses classes d’actions.
 
Graphique 3 - Evolution des indices S&P 500 et CRB (3 janvier 2001-28 novembre 2011)

Source des données : Datastream.
 
Au niveau macroéconomique, les décideurs politiques accordent une attention particulière aux prix des matières premières et à leur volatilité étant donné leur capacité à nourrir les pressions inflationnistes. Il s’agit donc d’une question centrale pour l'économie dans son ensemble, ainsi qu’en témoigne le sommet de septembre 2009 du G20 à Pittsburgh qui a mis au premier plan la question des fluctuations excessives et de la volatilité des prix des matières premières. Par ailleurs, analyser les liens entre les marchés des matières premières et les marchés boursiers est particulièrement important pour les acteurs financiers dans la mesure où les matières premières entrent dans la composition de nombreux portefeuilles d'investissement, tout comme les différentes classes d'actions. En outre, les traders sur les marchés des matières premières tendent à regarder simultanément les évolutions des prix des matières premières et des cours boursiers afin d’en déduire la tendance de chaque marché. Comparer la dynamique de la volatilité des prix des matières premières et des actions fournit ainsi des informations utiles sur les stratégies de substitution possibles entre les commodités et les diverses classes d’actions ; la volatilité jouant évidemment un rôle clé dans les stratégies de couverture.

Dans une étude récente [1], nous analysons les liens entre les deux types de marchés via la dynamique des corrélations. Nous cherchons notamment à analyser si les corrélations évoluent en fonction de la situation, haussière ou baissière, du marché boursier. Nous accordons une attention particulière à la récente crise financière de 2007-2008 en examinant si elle a renforcé ou perturbé les liens entre les marchés boursiers et des matières premières.

Etudiant ainsi un large panel de 25 matières premières couvrant différents secteurs au cours de la période janvier 2001 – novembre 2011, nous montrons que les corrélations entre les marchés des matières premières et les marchés boursiers évoluent au cours du temps et sont très volatiles, en particulier depuis la crise financière de 2007-2008. Cette dernière a joué un rôle clé, en renforçant les liens entre les deux types de marchés, mettant ainsi en évidence une financiarisation accrue des marchés de commodités. Nous montrons aussi que, tout en partageant certaines caractéristiques communes, les matières premières ne peuvent pas être considérées comme une classe d'actifs homogène. Ainsi, au niveau individuel, le pétrole, le café et le cacao sont soumis à la spéculation : leurs corrélations avec les rendements de l’indice S&P 500 tendent à augmenter en période de hausse des cours boursiers, et à diminuer en période de baisse des marchés financiers. A l’inverse, l’or joue le rôle de valeur refuge : ses corrélations avec les rendements boursiers sont pour la plupart négatives et diminuent en période de baisse des cours des actions.

Au total, la récente crise financière a donc accru la financiarisation des marchés de matières premières, limitant ainsi les possibilités de substitution entre produits de base et actions dans la constitution de portefeuilles.
 


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