Le blog du CEPII
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Performance à l’exportation : tous les produits ne se valent pas

Economies émergentes 
Faits & Chiffres du 17 janvier 2013
Par Sandra Poncet, Felipe Starosta de Waldemar
L'un des aspects les plus impressionnants de la performance commerciale de la Chine est la diversification rapide des produits qu’elle exporte. Une récente étude du CEPII montre l’importance du choix des produits et de leur adéquation avec les structures productives locales pour expliquer ces performances.
Depuis les années 1980, les produits “Made in China” ont envahi tous les secteurs du commerce mondial, y compris ceux généralement considérés comme appartenant à des domaines de spécialisation des pays développés. Cette diversification des exportations chinoises est particulièrement impressionnante car elle exige des compétences et des connaissances très variées. Dans la mesure où un pays ne peut se diversifier qu’en s’appuyant sur ce qu’il a déjà, la trajectoire chinoise suggère que le pays a su efficacement exploiter ses savoirs locaux préexistants mais aussi profiter des fortes interdépendances dans la production de biens différents.
 
Tous les produits ne se valent pas 
Les études sur la montée en gamme chinoise mettent en avant l’importance des liens entre les produits et indiquent que les biens diffèrent dans leur capacité à servir de plateforme vers les autres productions (Lin, 2012). Une entreprise produisant des biens caractérisés par une forte connexion avec d’autres produits serait avantagée en ce qu’elle aurait plus de facilité à diversifier sa production. Les analyses empiriques ont confirmé cette prédiction au niveau des pays : les pays disposant d’une structure productive complexe, c’est-à-dire une grande intensité de liens inter-produits, sont caractérisés par une croissance économique plus rapide. Une récente étude du CEPII analysant de manière fine les exportations au niveau des entreprises chinoises suggère qu’une même logique s’applique au niveau des firmes.

Ce travail s’appuie sur l’indicateur de proximité pour chaque paire de produit proposé par Hidalgo et al. (2007). Il repose sur l’idée que deux biens sont similaires s’ils sont exportés en tandem. Leur co-exportation signale qu’ils requièrent les mêmes ressources, technologies, infrastructures, etc., pour leur production. Les calculs ont été menés pour l’année 2000 en utilisant la base BACI pour l’ensemble des 5016 produits existant dans la classification HS6 des échanges internationaux de biens.
 
Le tableau 1 fournit l’indicateur de proximité moyenne obtenu pour quelques grandes catégories de produits. Globalement, le textile est le secteur le plus « complexe » : sa production est relativement plus connectée aux produits d’autres secteurs que celle du secteur des biens agricoles (animaux et végétaux).
 
Tableau 1 - Proximité moyenne par secteur
 
 

Le tableau 2 reporte le degré de parenté entre certaines paires de produits. Les ordinateurs ont une proximité de 0,02 avec le pétrole, illustrant que sur l’ensemble des pays qui exportent des ordinateurs ou du pétrole, seulement 2% exportent les deux simultanément avec un avantage comparatif. Ce chiffre relativement bas indique clairement que les besoins techniques ou les intrants sous-jacents à l’exportation des deux produits sont différents. A l’inverse, les ordinateurs ont une forte proximité (0.32) avec les voitures, soulignant une similarité dans les fonctions de production des deux biens.
Ces deux tableaux illustrent bien le fait que la densité des liens avec des produits différents varient grandement d’un bien à un autre : tous les produits ne se valent pas et ne permettent pas la même capacité de diversification.
 
Tableau 2 - Degré de parenté entre certaines paires de produits
 


Exploiter au mieux les spécialisations locales préexistantes
Les auteurs montrent ensuite l’importance de l’adéquation du produit avec la structure productive locale. Une entreprise gagnera à s’implanter dans une ville dont la spécialisation a un fort degré de parenté avec sa production. Cela s’explique principalement par le biais des externalités positives : l’entreprise peut profiter de savoirs-faire, d’infrastructures ou d’institutions plus adéquates, etc.

Pour mesurer cet effet, les auteurs utilisent un deuxième indicateur permettant de mesurer la densité des liens entre les biens et la structure de l’industrie de la ville dans laquelle ils sont produits. Ils estiment l’impact de cette densité sur les performances à l’export des entreprises chinoises entre 2000 et 2006, en utilisant les données de douanes chinoises.

Ils montrent finalement que les firmes dont la production est caractérisée par une connexion plus forte avec la structure productive locale ont de meilleures performances à l’exportation. De même, au sein du panier d’exportations d’une entreprise, la croissance des exportations est systématiquement plus élevée pour les produits caractérisés par une plus grande cohérence avec les capacités locales.
 
Références :
 

Hidalgo, Cesar, Bailey Klinger, Albert-Laszlo Barabasi, et Ricardo Hausmann, 2007, The Product Space Conditions the Development of Nations. Science 317(5837): 482-487.

Lin, Justin Yifu. 2012, New Structural Economics: A Framework for Rethinking Development and Policy. The World Bank.

Sandra Poncet et Felipe Starosta de Waldemar, 2012, Product relatedness and firm exports in China, Document de travail CEPII ,N°2012 - 27
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