Le blog du CEPII
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Etats-Unis : la faiblesse de la reprise n’explique pas entièrement celle de l’emploi

Compétitivité & Croissance 
Billet du 6 juin 2013
Par Valérie Mignon, Laurent Ferrara
Aux États-Unis, quatre ans après le début de la reprise, le taux de chômage reste exceptionnellement élevé. Est-ce la conséquence d’une « reprise sans emploi » ou plutôt l’effet d’une « reprise sans (vraie) reprise » ?
Aux États-Unis, quatre ans après le début de la reprise, le taux de chômage reste exceptionnellement élevé (7,5% en avril 2013) et ce, en dépit du fait que de nombreux actifs se sont retirés du marché du travail.
Est-ce la  conséquence d’une « reprise sans emploi » ou plutôt l’effet d’une « reprise sans (vraie) reprise », la remontée de l’activité étant nettement plus lente que lors des cycles antérieurs ?
 
Croissance et chômage : la loi d’Okun
Pour étudier la relation entre croissance économique et chômage, on se réfère généralement à la loi d’Okun. En 1962, Arthur Okun a établi empiriquement une relation linéaire entre le taux de croissance du PIB et la variation du taux de chômage. Par la suite, la confrontation des prédictions de cette « loi » aux évolutions observées a amené différents économistes à signaler ses deux insuffisances majeures :
– elle ignore tout ajustement de long terme entre production et emploi ;
– elle ignore aussi le fait que la relation entre croissance et emploi n’est pas la même tout au long du cycle. Ainsi la loi d’Okun tend à sous-estimer la baisse de l'emploi pendant la récession et à surestimer sa remontée en phase de reprise.
 
Le long terme et le cycle
Pour mieux comprendre ce qui se passe aux Etats-Unis, nous avons d’abord cherché à corriger la relation d’Okun sur ces deux points [1] :
1) nous faisons intervenir une force de rappel vers l’équilibre de long terme entre le niveau de l’emploi et celui du PIB. Nous pouvons dès lors décomposer l’évolution de l’emploi entre composantes tendancielle et cyclique.
2) en retenant une relation non linéaire, nous intégrons le fait que la relation entre la croissance du PIB et celle de l’emploi dépend de la position dans le cycle. En phase de reprise, la progression des emplois est moins forte que celle du PIB.
 
Par ailleurs, nous considérons l’évolution de l’emploi plutôt que celle du chômage. Ceci nous permet notamment d’éviter les erreurs d’interprétation liées à la baisse du taux d’activité observé aux États-Unis.
 
La faiblesse de la reprise n’explique pas tout
Nos résultats sont reportés sur le graphique 1. L’introduction dans notre modèle d’une relation non linéaire (courbe verte par rapport à courbe bleue) permet de mieux reproduire l’évolution observée (courbe noire).
Cependant, il existe un écart persistant entre l'emploi observé et les prévisions issues de notre modèle. Depuis la sortie de la récession, l'emploi reste environ 1,05% en dessous du niveau prévu par le modèle. Ceci signifie qu'environ 1,2 million d'emplois « manquants » ne peuvent être attribués à la faiblesse de la croissance.
Mais ce qui éveille l’attention, et ce qui pourrait orienter les futures recherches, est que ce déficit d’emplois serait apparu au dernier trimestre de récession (2ème trimestre 2009) et dans les deux premiers trimestres de reprise. Par la suite, selon notre modèle, la croissance de l’emploi a bien été celle que l’on pouvait attendre de la croissance de l’activité.
 
Graphique 1 : Evolution de l’emploi aux Etats-Unis observée et prévue par notre modèle


 
Note : en noir : emploi observé ; en vert : prévisions issues du modèle non linéaire ; en bleu : prévisions issues du modèle linéaire.
Les données sont exprimées en logarithmes. A partir de la fin 2009, l’écart de l’ordre de 0,01 entre emploi observé et modélisé (noir-vert) signifie que le niveau observé est environ 1% en-dessous du niveau modélisé.
 


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