Le blog du CEPII
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Exportations agricoles : un avantage qualité pour la France ?

Commerce & Mondialisation 
Faits & Chiffres du 25 octobre 2013
Par Charlotte Emlinger, Houssein Guimbard
Les différences de qualité apparaissent comme une évidence pour certains produits agricoles comme le vin, moins pour d’autres comme l’eau minérale. Les prix des échanges internationaux varient pourtant significativement selon les partenaires pour l’ensemble des produits agricoles.

Des produits agricoles pas si homogènes…

Les produits agricoles sont généralement considérés comme homogènes, ce qui sous-entend de faibles différences de prix. Pour certains produits, il est évident que différentes gammes de qualité existent et se reflètent à travers les prix. Ainsi, entre une bouteille de vin de table et une d’exception, l’écart peut dépasser un rapport de un à dix mille. Une analyse détaillée des valeurs unitaires mondiales au niveau fin des produits montre que d’autres produits agricoles présentent également de très grandes variations de prix. Le coefficient de variation des prix de certains produits agricoles se révèle être supérieur à celui de produits manufacturés qui semblent, a priori, plus différenciés. Le tableau 1 donne le coefficient de variation des prix de quelques produits,[1] en distinguant l’agriculture du secteur manufacturier.

Tableau  1 - Dispersion des prix de quelques produits agricoles et manufacturiers, 2010

Source : Calcul des auteurs, à partir de la base « Trade Unit Values » du CEPII (2010).
Note : plus le coefficient est élevé, plus les écarts de prix pour un même produit sont importants.

 
Au niveau mondial, certaines céréales (blé dur, orge, seigle, brisures de riz) montrent des écarts de prix assez remarquables, supérieurs à des produits industriels pourtant très différenciés, tels que les voitures (par cylindrée) ou encore certains produits textiles (comme les pantalons ou les pyjamas). La qualité du produit, par exemple le contenu en gluten pour le blé, est un des facteurs explicatifs, tout comme les marges des producteurs, la rémunération des facteurs de production (salaires, achat de machines) ou les coûts de transport.


Les produits agricoles français plus chers que les allemands : problème de compétitivité ou avantage qualité ?

En 2010, la part de marché de la France est devenue plus faible que celle l’Allemagne dans le secteur agro-alimentaire (voir le billet du 26 mars 2012 : « Les exportations alimentaires de la France devenues plus faibles que les exportations allemandes »). Les raisons de cette tendance peuvent être multiples, mais le manque relatif de compétitivité de la France est souvent montré du doigt.
 
Les différences de prix des exportations agricoles de ces deux pays peuvent être appréhendées  à l’aide d’un indicateur de prix relatif* (tableau 2) [2].

Tableau 2 - Prix relatif et parts de marché de la France et de l’Allemagne dans le secteur agro-alimentaire, en 2010.
 
Source : Calcul des auteurs, à partir des bases «Trade Unit Values» et «BACI» du CEPII.
 
Il apparait que, sur les 21 secteurs considérés, l’indicateur de prix relatif de la France est supérieur à celui de l’Allemagne pour 18 d’entre eux. Les prix des fleurs, les graisses ou encore la viande et les légumes, exportés par la France, sont globalement plus hauts que ceux de l’Allemagne. Ces prix élevés correspondent dans certains cas à des parts de marché importantes, ce qui laisse supposer un avantage compétitif en termes de qualité. Par exemple, pour les céréales, la France (1,27) vend plus cher que l’Allemagne (1,21) et sa part de marché mondiale s’élève à 8,9% alors que celle de l’Allemagne n’est que de 3,2%. Ce résultat se retrouve au niveau des céréales transformées (minoterie), secteur pour lequel la France (1,02) vend en moyenne plus cher que l’Allemagne (0,86), pour une part de marché plus élevée (9,8% par rapport à 8,7%).
 
Ces prix relatifs reflètent à la fois des différences de qualité et des écarts de compétitivité, sans que les deux éléments puissent être séparés simplement. Si des efforts de compétitivité sont nécessaires pour limiter l’érosion des parts de marché, les différences de prix constatées sont trop importantes pour ne pas relever également d’un positionnement en gamme différent, reflet de la qualité des exportations agricoles et agroalimentaires françaises, un atout précieux dans la concurrence internationale.
 


[1] Pour chaque produit, le coefficient de variation est calculé en considérant le prix moyen des transactions entre chaque couple de partenaires (exportateur-importateur) comme une observation.  
 
[2] L’indicateur de prix relatif est calculé au niveau fin des produits (SH6 : classification du système harmonisé à 6 chiffres du commerce international), ce qui permet une comparaison des prix à l’exportation des différents pays pour un même produit. Il est égal à la valeur unitaire d’un produit exporté par un pays, pour une année, rapportée à la moyenne de la valeur unitaire de ce produit, pour cette année et pour l’ensemble des exportateurs. Un indicateur supérieur à l’unité montre qu’un pays exporte un bien donné plus cher que l’ensemble du monde, et inversement. Une moyenne simple est utilisée pour l’agrégation au niveau des secteurs SH2.

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