Le blog du CEPII
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Indonésie : un grand pays islamique, émergent et démocratique

Economies émergentes 
Billet du 22 juillet 2014
Par Michel Fouquin
La troisième démocratie du monde et la première nation islamique avec 250 millions d’habitants vient d’élire démocratiquement son nouveau Président Yoko Widodo, 16 ans après avoir déposé son Dictateur de 30 ans, le général Suharto.
Le « printemps d’Indonésie » continue dans un pays qui est aussi le troisième plus grand pays émergents [1]. Depuis plus de 50 ans, l’Indonésie connait une croissance soutenue de 6,8 % par an de son PIB par habitant avant la chute de Suharto et de 5,5% depuis la démocratisation du pays. La crise des économies développées ne semblent pas l’affecter. Enfin la croissance démographique se réduit progressivement de plus de 2.3 %  de progression annuelle sur 1960-1998  à 1.4% depuis 1999.

Par ailleurs le pays est attractif et reçoit prés de 20 milliards par an d’investissements directs, il est très peu endetté tant à l’extérieur qu’à l‘intérieur. La dette publique est inférieure à 30% du PIB. L’épargne comme l’investissement se maintiennent à un niveau élevé supérieur à 30%. L’ouverture du pays se poursuit à un rythme modéré puisque les exportations passent de 12% dans les années 70 à 24% du PIB en 2012. Enfin, le plus important sans doute, l’Indonésie a entamé un processus d’industrialisation, qui lui faisait défaut jusque-là, depuis le milieu des années 90. Ce processus peut être vu à travers la transformation de sa spécialisation à l’exportation tout d’abord.

Dans les années 67-73 plus de 50% de ces exportations sont des produits agricoles et sont très peu diversifiées. Les chocs pétroliers entrainent une montée de la part des hydrocarbures qui font désormais plus de 80% des exportations de 1973 à 1984. Tout au long de cette période les produits manufacturés représentent moins de 5% du total des exportations. Après 1984 les ressources pétrolières déclinent fortement et le pays devient importateur net d’hydrocarbures. A partir de 1994 la part des produits manufacturés devient dominante avec plus de 50% des exportations et surtout on assiste à une forte diversification des produits exportés : chaussures, vêtements, bonneterie, cosmétiques, papiers et produits de l‘industrie du bois, électronique grand public. Cependant en termes de revenus nets d’exportations ce sont les produits primaires qui continuent de dominer notamment avec les exportations de charbon en forte progression depuis 2000.
  
  Structure des exportations indonésiennes
  1970 1980 1990 2012
Chine 0 0 3,5 15,2
Japon 44 58,8 50 15,2
EtatsUnis 14,8 24 12,6 7,8
Corée 1,4 1,9 6,2 7,5
Inde 0 0,2 2,2 6,9
         
  Structure des importations indonésiennes
  1970 1980 1990 2012
Chine 2,8 1,7 3,4 20,8
Singapour 0 0 0 14
Japon 30,9 33,9 29,2 11
Corée 0,3 3,6 6,4 7,5
Malaisie 1,5 0,4 2,2 7,1

Source : CHELEM

L’insertion internationale de l’Indonésie  est marquée par la montée impressionnante de ses relations avec  la Chine qui est devenue à partir d’un niveau nul du fait des divergences idéologiques et du caractère profondément anti chinois de la dictature de Suharto à la première position tant à l’exportation qu’à l’importation. La seconde évolution remarquable est le déclin des pays développés Etats-Unis et Japon en particulier, mais aussi le déclin de tous les pays européens. Troisième évolution c’est la progression rapide des relations avec les autres pays membres de l’ASEAN marquant ainsi les gains issus des accords de libéralisation des échanges conclus entre ses pays membres.

La transformation des structures productives se mesure aussi à l’évolution de la structure de la valeur ajoutée : l’industrie domine passant de 39 à 46% entre 1990 et 2012 (banque mondiale), dont le secteur manufacturier qui passe de 19% à 24%. La part de l’agriculture décline de 6 points à 14% et donc celle des services progresse assez peu, atteignant 40% en 2012. Elle confirme les progrès de l’industrialisation.

Cependant de très nombreux points de faiblesse subsistent. Il y a d’abord la géographie physique de l’archipel, qui comporte de très nombreuses îles, des populations à des niveaux très divergents de développement et donc une pauvreté encore très prégnante. Le sous-développement des infrastructures routières, ferroviaires et portuaires impliquent des coûts de transaction très élevés et handicapent le commerce international. L’Indonésie est aussi  en retard en matière d’éducation et d’innovation. Enfin, la corruption y est encore très fortement développée.

L’ensemble de ces faiblesses pèsent sur le développement du pays. Avec une inflation forte (plus de 7%), des salaires en forte croissance, une monnaie qui se déprécie, l’Indonésie semble devoir lutter pour maintenir sa compétitivité internationale. Les défis ne manquent pas pour le nouveau Président, qui se présente comme un homme honnête et… normal.
 

[1] Et qui ne fait pas partie des BRIC, concept vide de sens inventé par le champion des « subprimes » Goldman Sachs, y incluant la Russie, un pays qui ne vit que de sa rente énergétique.

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