Le blog du CEPII
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Le FMI avait-il raison de venir au secours de la Grèce en 2010 ?

Les pays de la zone Euro ont beaucoup insisté pour que le FMI apporte des financements dérogatoires à la Grèce, on le leur rappellera à l’heure des comptes.
Par Christophe Destais
Billet du 30 juin 2015


Alors que la Grèce s’apprête à ne pas honorer une échéance de 1,6 milliards d’Euro qu’elle doit au FMI, la question se pose à nouveau de la pertinence de l’engagement du Fonds aux côté des états européens et de la BCE dans le sauvetage des pays périphériques de la zone Euro et, en particulier, de la Grèce.

Cette intervention était exceptionnelle à trois égards.

D’abord, par l’ampleur des montants engagés puis déboursés au regard des risques portés par la Fonds. Il en a résulté pour ce dernier une concentration exceptionnelle des risques au delà de ce qui peut découler de la nature de l’institution qui, inévitablement, apporte des financements à court terme à un nombre limité de pays en crise. Ainsi, au 31 mai 2015, la Grèce représentait 31 % de l’encours de prêts du FMI [1] et, avec le Portugal et l’Irlande, 72 % de l’encours total bénéficiait à des pays de la zone Euro.

Ensuite, en raison de la monnaie de l’emprunteur. Le Fonds apporte normalement des financements en liquidités internationales à des pays qui ont perdu leur accès aux marchés financiers internationaux. Or la monnaie ayant cours légal en Grèce était précisément une monnaie de réserve internationale, le problème de la Grèce est l’accès à sa propre monnaie. Pour les pays émergents, qui n’émettent pas de monnaie de réserve internationale et qui souvent ne peuvent pas emprunter à l’étranger dans leur propre monnaie, particulièrement en temps de crise, le problème de la Grèce pouvait être considéré comme une question intérieure à la zone Euro.
 
Enfin, en raison de l’analyse que faisait le Fonds de la solvabilité de l’emprunteur. Normalement, le FMI n’accepte de prêter qu’à la condition que les bénéficiaires s’engagent dans une politique économique dont ses économistes estiment qu’elle génèrera les ressources nécessaires au remboursement des montants prêtés et permettra de rétablir l’accès aux financements internationaux. Or, dès 2010, il n’était pas possible aux collaborateurs du Fonds de se forger cette intime conviction. Il avait donc été nécessaire de consentir à la Grèce une dérogation, sur le fondement du risque systémique qu’un défaut de sa part représentait pour la zone Euro tout entière et, au-delà, pour l’économie mondiale. La zone Euro n’avait pourtant pas mis en place les mécanismes qui lui auraient permis de traiter cette situation d’urgence et elle ne disposait pas du savoir-faire des équipes du FMI.

Présente dès l’origine, l’amertume des membres non-Européens du FMI n’a fait que grandir au fur et à mesure que se déroulait le drame grec. On avait consenti pour la zone Euro des conditions moins rigoureuses que celles qu’on avait imposées aux pays émergents d’Asie en 1997-1998 ou d’Amérique Latine et à la Turquie en 1999-2001.

Cette contestation explique sans doute le durcissement de la position du FMI dans les négociations récentes. Elle s’inscrit, par ailleurs, dans un contexte où les pays émergents sont exaspérés par le blocage des réformes du Fonds engagés en 2010 qui visaient à accroître sa capacité de financement et à améliorer leur représentation dans les organes de gouvernance. Ces réformes –qui ne devaient être qu’une première étape– sont aujourd’hui bloquées par le Sénat américain, contre l’avis des européens qui y sont favorables. Ces derniers, bien malgré eux, en subissent le contre-coup.

Dans le cadre de la restructuration de la dette grecque en 2012, les Européens ont consenti un premier effort en faveur du FMI dont ils acceptent le statut de créancier privilégié par rapport à eux mêmes. Ils ont accepté que le remboursement de leurs propres créances (sauf celles détenues directement par la BCE) soit reporté à 2020 c'est-à-dire après que la Grèce ait pratiquement achevé de rembourser le FMI, selon l’échéancier qui avait été convenu.

Dans les négociations difficiles qui vont suivre le « retard » de paiement de la Grèce, les pays de la zone Euro vont se trouver dans une position très difficile. Certes, l’emprunteur est bien le gouvernement grec mais les raisons qui ont fait qu’un financement de cette ampleur et à ce point dérogatoire lui a été accordé étaient bien l’appartenance de cet état-membres du FMI à une zone monétaire constituée d’économies beaucoup plus importantes et solides mais qui n’avaient pas su se doter des institutions adéquates pour que cette union résiste aux crises.

La pression sera forte pour que le reste de la zone Euro soit solidaire du débiteur grec. Il sera difficile pour les autres pays européens d’y résister tout en affirmant qu’ils restent attachés à la mission et au futur du Fonds monétaire
 

[1] Calculé sur le total de l’encours du “General Ressources Account”.

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