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La Chine : Voie lactée des exportations françaises de produits laitiers ?

Commerce & Mondialisation Economies émergentes 
Billet du 23 septembre 2015
Par Charlotte Emlinger, Jean Fouré
Alors que les importations chinoises de produits laitiers ont explosé ces dernières années, les producteurs français n’ont jusqu’ici guère réussi à en profiter. La fin des quotas laitiers en avril 2015, ayant assoupli les contraintes pesant sur le secteur, ouvre pourtant des perspectives nouvelles.
L’explosion des importations chinoises de produits laitiers, principalement de lait en poudre

Depuis le début des années 2000, les importations chinoises de produits laitiers ont fortement augmenté. Si dans un premier temps cette augmentation était lente et régulière, on constate un tournant majeur en 2009 : le rythme de croissance s’accélère fortement, et durablement (voir Graphique 1).

D’une part, la demande chinoise croît régulièrement du fait de l’enrichissement des ménages et de l’occidentalisation de leur consommation. Le PIB moyen par habitant a augmenté de 221% entre 2000 et 2013, permettant aux Chinois de passer de 1835g de nourriture par jour en moyenne à 2368g. La composition des repas a elle aussi évolué sur la même période : tandis que le lait ne représentait que 23g/jour en 2000 (1% du total), il représente en 2011 85g/jour (4% du total). A titre de comparaison, cette part est comprise entre 21% et 26% de la consommation dans les pays occidentaux industrialisés. [1]

D’autre part, la forte hausse des importations observée après 2009 fait suite aux scandales sanitaires qui ont touché la production laitière chinoise. En effet, à la suite de l’alerte émanant d’une coopérative néo-zélandaise en 2008, une enquête de l’organisme chinois de contrôle sanitaire a décelé une contamination à la mélamine (une résine parfois utilisée pour augmenter artificiellement le taux de protéines dans le lait, mais qui est toxique en cas de forte ingestion) dans la production des trois plus grandes entreprises laitières du pays. En 2011, ce sont cette fois des nitrites (utilisés dans des engrais ou des conservateurs pour la viande) qui ont été retrouvés dans du lait.
 

Graphique 1 – Importations chinoises de produits laitiers par type, millions de dollars, 2000-2013
Note : les pourcentages se réfèrent à la progression totale entre 2000 et 2013.
Source : BACI.

 
Au total, les importations chinoises de produits laitiers ont crû d’environ 3 000% entre 2000 et 2013. Cependant, le graphique 1 montre que tous les produits laitiers n’ont pas connu la même dynamique. L’augmentation la plus spectaculaire concerne le lait en poudre (+4 850%) qui représente désormais plus de 70% des importations. En termes de volumes, le second poste d’importations est le lactosérum (il s’agit d’un sous-produit de la fabrication du fromage, utilisé dans l’alimentation animale et dans l’agroalimentaire, notamment pour les laits infantiles et dans la chocolaterie), représentant 15% des importations et ayant connu une croissance de +1 090% sur la période. Bien que moins importants en volume, les importations de fromages (+6 300%) et de lait liquide (+3 450%) sont aussi intéressantes à noter : ces deux produits étaient quasiment absents des importations chinoises en 2000, et le lait liquide est encore aujourd’hui très cher et peu commercé au niveau mondial.

Pour répondre à cet accroissement colossal de la demande chinoise pour les produits laitiers importés, plusieurs pays se font concurrence. Analyser le positionnement des partenaires de la Chine depuis 2003 permet de voir dans quelle mesure la France a déjà profité de la croissance du marché chinois, et si dans les prochaines années ce marché pourrait aider le secteur laitier à sortir de ses difficultés actuelles.  


La Nouvelle-Zélande et les États-Unis, grands gagnants du développement du marché chinois

Le Graphique 2 montre les importations chinoises par type de produit laitier et origine, en 2003 et 2013, pour les cinq principaux partenaires de la Chine. La première conclusion est nette : c’est la Nouvelle-Zélande, partenaire historique de la Chine pour ces produits, notamment du fait de sa proximité géographique, qui s’est taillé la part du lion sans changer notablement la composition de ses exportations laitières : en 2013, elle fournit  86% des importations chinoises de lait en poudre.

Parmi les autres partenaires de la Chine, on observe que les États-Unis ont à la fois consolidé leur position dans le lactosérum et développé leurs exportations de lait en poudre, suivant ainsi les mouvements de la demande chinoise. Par contre, l’Australie et la France ont moins suivi les transformations de la demande chinoise et ont cédé des parts de marché. Alors que les exportations françaises de lactosérum étaient supérieures à celles des États-Unis en 2003, elles ne représentent plus que 29% du marché en 2013, contre 50% pour ce concurrent. Ce mouvement pointe une particularité du lactosérum : en tant que sous-produit de la fabrication du fromage, l’offre de lactosérum est très inélastique et réagit principalement à l’offre de fromage. De plus, les exportations de fromage français ont peu progressé, et ne représentent que 5% des importations chinoises de fromage, contre 46% pour la Nouvelle-Zélande.
 

Graphique 2 – Importations chinoises de produits laitiers par origine et type, millions de dollars, 2003 et 2013
Note : Seuls les 5 principaux partenaires de la Chine en 2013 sont représentés. Ces 5 pays représentent 85% des importations totales de produits laitiers en Chine.
Source : BACI.


Enfin, la plus grande nouveauté reste la création de commerce de lait liquide entre la Chine et l’Union Européenne, en dépit des quotas de production européens et de la distance géographique. Sur ce nouveau marché, c’est l’Allemagne qui est leader, avec 38% des importations chinoises, devant la Nouvelle-Zélande (28%) et la France (22%).


Perspectives pour les produits laitiers français

En 2013, le marché chinois ne représentait que 3% des exportations françaises de produits laitiers. Le positionnement français en Chine ne s’est pas adapté  au développement du marché chinois (faible présence dans le lait en poudre, peu de réponse au développement du marché du lactosérum) et ne se conforme pas non plus à la spécialisation traditionnelle française : les fromages, qui représentent 50% des produits laitiers exportés par la France, sont peu présents sur le marché chinois, tandis que la majorité des exportations vers la Chine (60%) est constituée de lactosérum, lequel ne représente en moyenne que 10% des exportations françaises de produits laitiers.

Ainsi, pour développer les exportations de produits laitiers français vers la Chine, trois pistes semblent se dégager : consolider les exportations de lactosérum, développer une filière de lait en poudre, réussir à pénétrer le marché des fromages. La première piste est contrainte par le statut de sous-produit du lactosérum qui limite beaucoup les volumes disponibles à l’exportation. En revanche, il semble possible de développer les deux autres pistes. C’est d’ailleurs au sujet du lait en poudre que l’on trouve des nouvelles positives pour les exportations laitières françaises : tandis qu’une première usine de production de lait en poudre issue d’un partenariat entre une coopérative normande et une entreprise chinoise a ouvert ses portes en juin 2015, une seconde sur le même modèle est en construction en Bretagne, et devrait ouvrir en janvier 2016.

Dans tous les cas, pour l’ensemble des produits laitiers, et en particulier pour les fromages, la question de l’accès au marché chinois – droits de douane, mesures sanitaires, reconnaissance et promotion des appellations d’origine – est de première importance.

Références :

CEPII database BACI.

National Geographic. What the World Eats, d’après FAOSTAT.

Banque Mondiale. World Development Indicators.


[1] Les pays disponibles dans la base de données sont les Etats-Unis (704g, 26%), l’Allemagne (700g, 26%), le Royaume-Uni (660g, 25%), l’Australie (630g, 25%) et l’Espagne (493g, 21%).
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