Le blog du CEPII
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Ne laissons pas la crise de la zone euro s’étendre à l’Asie

Alors que la crise de la dette souveraine se poursuit, les partenaires de l'Europe hésitent toujours à offrir leur aide à la zone euro. Pourtant, cette crise constitue une menace, plus particulièrement pour l’Asie qui a un intérêt considérable à la survie de l'euro ainsi qu'à une reprise économique rapide de ses États membres.

Par Asia-Europe Economic Forum
Billet  du 4 avril 2012



Au-delà des effets de contagion, l'Asie a un intérêt considérable à la survie de l'euro, et ce pour plusieurs raisons. L’euro fournit tout d’abord un support de diversification précieux pour les réserves de changes des pays asiatiques, face au dollar. L’euro porte aussi l’espoir d’une évolution vers un système monétaire international multipolaire gravitant autour du dollar, de l’euro et du renminbi, système plus adapté au rééquilibrage de l’économie mondiale. Enfin, la zone euro demeure la forme la plus avancée de coopération régionale. La crise économique européenne n’est pas sans conséquence sur la manière dont les pays asiatiques envisageront leur propre intégration dans les années à venir.

Mais plus qu’économique, la crise européenne est surtout institutionnelle et l’Asie conditionne son intervention à un effort crédible de la part des Européens. En septembre 2011, Wen Jiabao appelait ainsi les pays de la zone euro à « mettre leur maison en ordre » avant d'envisager une aide de la Chine. La crise budgétaire masque des difficultés profondes découlant de vices dans la construction européenne. Elle met en exergue les contradictions du système financier européen. Elle met aussi en avant l’hétérogénéité de la zone en matière de compétitivité, résultant en un déséquilibre des taux de changes réels internes dont l’ajustement pourra éventuellement amener à un éclatement de la zone. Même si la BCE est intervenue, ses marges de manœuvre sont réduites.

L’Asie pourrait contribuer financièrement à la résolution de la crise, mais, pour des raisons historiques et politiques, la possibilité d’un aide bilatérale semble limitée. A la fin des années 1990, lors de la crise asiatique, les Européens avaient refusé une solution régionale et aucune aide bilatérale n’avait été accordée.  La contribution des européens fut presqu'entièrement limitée au soutien des programmes du Fonds monétaire international. De plus, toute aide à l'Europe – une région riche – de la part de l'Asie – bien plus pauvre – est délicate à faire accepter par l’opinion publique. En Chine notamment, l'opinion publique s'inquiète de cette aide, perçue à la fois comme risquée et d'efficacité douteuse, sans parler d'équité. L’aide financière pourrait éventuellement prendre la forme d’un investissement des banques asiatique dans les banques européennes. Du côté des gouvernements, un quelconque soutien de la région ne viendra pas sans contrepartie. Si l’aide passe par le FMI, la question de sa gouvernance refera surface rapidement.

Le soutien asiatique ne devrait pas se réduire à une aide financière. Les efforts de résolution de la crise pourraient être anéantis par l’effondrement de la croissance européenne. La demande extérieure sera alors un élément clé de la réussite des ajustements budgétaires. Cela implique un rééquilibrage plus rapide de la croissance chinoise, mais aussi une ouverture croissante des marchés asiatiques.

L’Asie et l’Europe ont donc de nombreuses raisons de coopérer pour résoudre la crise de la zone euro. L’absence de cadre institutionnel dédié à ce dialogue est cependant un obstacle majeur à la coopération. Les discussions bilatérales manquent d’envergure et d’une vraie assise pour être efficaces.
 

Pour plus d’informations sur ce sujet, le billet est une synthèse de La Lettre du CEPII n°318, « Ne laissons pas la crise de la zone euro s’étendre à l’Asie », par Agnès Bénassy-Quéré, He Fan, Masahiro Kawai, Tae Joon Kim, Yung-Chul Park, Jean Pisani-Ferry, David Vines & Yu Yongding, janvier 2012. 


Rédigé par Sophie Piton
Europe Economies émergentes 


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