Le blog du CEPII
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Le déficit chinois en riz se creuse depuis deux ans : conjoncture ou phénomène durable ?

La Chine est devenue importatrice nette de riz depuis deux ans avec des importations en forte croissance. Les importations de blé et de maïs ont aussi triplé en 2012. Cette situation pour le moins surprenante ne remet pourtant pas en cause la capacité du pays à subvenir à ses besoins.
On comprend que cela puisse inquiéter les marchés de matières premières qui réagissent fortement à tout changement dans les approvisionnements de la Chine. Mais, à la différence des ressources naturelles non renouvelables, la production de riz au niveau mondial a encore de forts potentiels de croissance. La production mondiale de riz s’est encore accrue de 3 % entre 2011 et 2012.
 
Pour la Chine, comme pour le Japon et beaucoup d’autres pays d’Asie, le riz et la riziculture sont au cœur de leur civilisation et de leur société. Le Japon pousse la défense de son riz jusqu’à imposer un tarif de 400 % pour bloquer toute importation de riz étranger et lorsque l’OMC lui impose un quota minimal d’importation, il s’en sert pour le renvoyer à l’étranger au titre de l’aide internationale et donc au-dessous du  prix du marché mondial.
 
Depuis peu, le prix du riz en Chine payé aux agriculteurs est lui aussi devenu supérieur de plus de 50 % au prix à l’exportation du riz vietnamien. Quelle en est la raison ? Le prix du riz en Chine, pas plus qu’au Japon, n’est un prix de marché mais un prix fixé par les autorités.
 
En fait le prix du riz est d’abord un enjeu social majeur. Depuis la formidable croissance de l’économie chinoise ces 20 dernières années, les inégalités entre ville et campagne ont fait un bond que certains estiment insoutenable. Tandis que les citadins parvenaient à améliorer substantiellement leur niveau de vie, le revenu des paysans -qui représentent encore un peu moins de la moitié de la population chinoise- a eu  tendance à stagner. La raison tient pour une grande part à la faible productivité des agriculteurs qui ont souvent des champs réduits et donc peu mécanisés, situation à laquelle les autorités n’ont pas voulu porter remède. De plus, lorsque les villes s’agrandissent, les paysans sont expulsés de leurs terres avec de faibles indemnités car ils ne sont pas les propriétaires du sol.
 
Face à ce risque d’explosion sociale, on peut soit envisager une restructuration à haut risque des champs chinois, soit soutenir les cours du riz. C’est cette deuxième solution qui a été adoptée ces dernières années, ce qui a eu pour effet d’accroître les achats publics de riz tandis que des importateurs se sont précipités pour acheter du riz vietnamien, 50 % moins cher, et le revendre à bon prix ensuite sur le marché intérieur chinois. A la différence du Japon, la Chine a dû faire des concessions majeures en termes de tarifs douaniers en adhérant à l’OMC, notamment sur les produits agricoles, sur lesquels les droits de douane ne dépassent plus 15 % de la valeur des produits importés.
 
La Chine n’invente rien dans ce domaine. En 2012, la Thaïlande, qui était le premier pays exportateur de riz, a perdu sa place au profit de l’Inde et du Vietnam. Le gouvernement thaïlandais faisait face à un problème redoutable : alors que les progrès économiques du pays lui permettaient d’être classé parmi les tigres de l’Asie du Sud-Est, ces progrès ne profitaient guère à la paysannerie qui constitue encore une large part de la population active du pays (41,7 %). Le risque social étant majeur, le gouvernement a décidé d’acheter les récoltes de riz à un prix très élevé (50 % au-dessus du prix du marché mondial), quitte à le revendre ensuite à perte à l’exportation. On conçoit que ce genre de politique atteint très rapidement ses limites pour le budget de l’Etat. 
 
Le gouvernement chinois est conscient de l’importance des enjeux agricoles et le document n°1 émis en janvier 2013 par le Comité central du PCC est consacré, comme depuis plusieurs années, à la sécurité des approvisionnements alimentaires de la Chine. Dans ce document, les autorités affichent leur volonté d’améliorer l’efficacité de la production agricole, notamment en accroissant la taille des entreprises, et d’accélérer l’exode rural et donc de réformer le régime des travailleurs migrants. Enfin, la mise en production massive de variétés de riz OGM devrait permettre de réduire l’usage des pesticides ainsi qu’une pollution qui a atteint des proportions alarmantes.
 
Le problème central posé par les importations chinoises de riz n’est sans doute pas la capacité de la Chine à s’auto-suffire en riz mais celui du revenu paysan : les solutions de long terme sont l’accroissement de la taille des exploitations, l’exode rural et donc la liberté de circulation des citoyens, la privatisation du sol au profit de ceux qui le cultivent et la concentration de la propriété. Mais le nouveau gouvernement chinois, qui a fait de la réduction des inégalités un de ses objectifs majeurs, prendra-t-il ce risque ? Il peut craindre de ne pas maîtriser ce processus.

Graphiques – Le riz en Chine et le poids de la Chine dans le monde du riz
Le riz en Chine, en millions de tonnes
La Chine dans le monde du riz, en millions de tonnes

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