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Chine : la verticale des réformes

Le programme adopté par le Parti communiste chinois fin 2013 privilégie désormais une démarche «du haut vers le bas» Dans le domaine financier, le virage est difficile à prendre. Le débat est particulièrement vif sur les modalités d’ouverture du compte de capital.

Par Françoise Lemoine
Billet  du 10 juillet 2014



Comme chacun le sait, le processus de réforme en Chine depuis 1978 a été graduel et expérimental. Il a reposé sur une logique «du bas vers le haut» (bottom-up), dans laquelle le Pouvoir ouvrait le champ aux initiatives locales, et favorisait la diffusion des expériences réussies à l’ensemble du pays (décollectivisation agricole, ouverture au commerce et aux investissements étrangers). Cette flexibilité du processus de réforme a été la clef du succès économique du pays et a fondé  son ambition de créer le socialisme aux couleurs de la Chine.  Le programme adopté par le Parti communiste chinois fin 2013 ouvre une étape nouvelle à tous égards, et notamment parce qu’elle repose sur une vision d’ensemble des réformes que le Parti veut désormais systémiques et coordonnées [1].  Dans cette nouvelle logique, l’action de l’État (du Parti) prend une importance primordiale dans la mise en œuvre des réformes (état de droit, réorganisation du secteur public, régulation des marchés, réforme fiscale). La logique dominante est désormais celle « du haut vers le bas » (top-down). 

Dans le domaine financier, le virage est difficile à prendre. L’internationalisation du yuan telle qu’elle s’opère à travers l’ouverture d’un marché off shore à Hong Kong revient, de fait, à ouvrir le compte de capital de manière déguisée et sans que les pré-conditions en aient été établies par une libéralisation des taux d’intérêt et du marché des changes [2]. Il en résulte des entrées massives de capitaux, principalement à court terme, qui se traduisent par une accumulation continue de réserves de change (en dépit de la réduction de l’excédent courant) et par une vulnérabilité des emprunteurs chinois et du système financier à un éventuel reflux des capitaux [3] Dans ce domaine, l’expérimentation « à la chinoise » semble avoir trouvé ses limites.


Graphique - Chine : balance des paiements et réserves de change (milliards de dollars).

Source: State Administration of Foreign Exchange. Beijing.

Les modalités de l’ouverture  du compte de capital suscitent d’ailleurs un vif débat en Chine. Les avocats d’une démarche prudente et en phase avec les réformes financières internes (la plupart des économistes) s’opposent aux partisans (la Banque centrale) d’une avancée rapide vers la convertibilité  au travers de la nouvelle zone de libre-échange de Shanghai.  
Pour passer à une croissance qualitative, équilibrée et économe en ressources, la Chine a entrepris une vaste réforme qui doit faire une place décisive aux mécanismes de marché. Dans cette nouvelle ère, les autorités auront sans doute à gérer une plus grande instabilité économique et d’inévitables crises.

 

[1] Michel Aglietta, « Chine : maîtriser l’endettement et réformer la finance »,  La Lettre du CEPII, n°345-juin 2014 et  «  China’s Roadmap to Harmonious Society »,  CEPII  Policy Brief, n° 3- May 2014.
 
[2] Yu Yongding, « China’s Trilemma », Project Syndicate, 13 Juin 2014
 
[3] BRI, 84ème Rapport annuel, 1er avril 2013-31 mars 2014 et Rapport trimestriel, juin 2014.

Economies émergentes 


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