Le blog du CEPII
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On entend dire que l'immigration coûte cher à la France

Migrations 
Audio du 4 avril 2012
Par Agnès Bénassy-Quéré
Retranscription écrite de l'émission du 5 avril "Les idées claires d'Agnès Bénassy Quéré", chronique hebdomadaire sur France Culture le jeudi matin à 7h38
 

Je voudrais signaler aux auditeurs la parution aujourd’hui d’un petit livre courageux écrit par deux collègues, aux éditions Eyrolles et Les Echos. Le livre s’intitule « On entend dire que l’immigration coûte cher à la France ». Les auteurs, Xavier Chojnicki et Lionel Ragot examinent l’impact de l’immigration sur les salaires, sur l’emploi et sur les finances publiques et ils nous mettent en garde contre des raisonnements hâtifs.

Prenons l’exemple des finances publiques : les immigrés coûtent-ils ou bien rapportent-ils aux budgets publics ?  Il y a trois niveaux de raisonnement.

Premier niveau : les immigrés ont-ils davantage recours aux transferts sociaux que les autochtones ? La réponse est oui : une personne née hors de l’Union européenne a 4 fois plus de chances qu’un natif du même âge de bénéficier du revenu minimum ; elle a 2,5 fois plus recours aux aides au logement et elle dépend 1,5 fois plus des allocations chômage et des aides à la famille. Bien sûr, il faut prendre en compte les caractéristiques des personnes immigrées, par exemple le niveau de diplôme ou le nombre d’enfants. Après correction, les immigrés restent sur-représentés pour le revenu minimum et les allocations chômage. Par ailleurs, comme leur revenu est inférieur en moyenne à celui des natifs, leur contribution au budget public (via les impôts et les cotisations sociales) est mécaniquement plus faible. Faut-il en conclure que les immigrés coûtent à la Nation ? Non, car il faut passer à la deuxième étape du raisonnement.

Deuxième étape, donc : les immigrés sont en moyenne plus jeunes que les autochtones. On les trouve majoritairement dans les classes en âge de travailler – un âge où en général on contribue plus qu’on ne reçoit. Lorsqu’on tient compte de son âge, la population immigrée contribue aux finances publiques plus qu’elle ne reçoit. Fort bien, me direz-vous, mais ces immigrés dans la force de l’âge ne vont-ils pas vieillir et peser sur le budget ? Pour traiter cette question, il faut aborder la troisième et dernière étape du raisonnement : les effets dynamiques.

Les immigrés vont vieillir, c’est sûr. Mais n’oublions pas qu’alors leurs enfants se trouveront en âge de travailler. Même si l’insertion des enfants d’immigrés sur le marché du travail français n’a rien d’évident, ces nouveaux contributeurs devraient compenser les retraites à payer à leurs parents. Ajoutez à cela un flux annuel net de l’ordre de 100 000 immigrants, généralement jeunes, et le bilan dynamique pour les finances publiques est légèrement positif.

N’en concluez pas toutefois que l’immigration est la solution à nos problèmes budgétaires : les ordres de grandeur n’y sont pas. Certains ont proposé de résoudre l’équation des retraites par l’immigration, mais il faudrait faire venir plusieurs millions d’immigrés chaque année dans notre pays – pas très réaliste. Finalement, le sujet de ce livre, c’est que sur un plan strictement économique, l’immigration n’est pas le sujet. A bon candidat salut !


On entend dire que... L'immigration coûte cher à la France, de Xavier CHOJNICKI et Lionel RAGOT, Collection On entend dire que..., Ed. Eyrolles, Les Echos, avril 2012.
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