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Il ne faut pas confondre taille et performance

L’expérience, en Europe comme ailleurs, montre que lorsque la puissance publique tente de sélectionner des champions économiques, cela donne rarement de bons résultats. Cet interview a été recueilli par Mathieu Castagnet pour La Croix du 4/11/2019.
Par Sébastien Jean
 Billet du 15 novembre 2019


Bien choisir les entreprises qu’il est utile d’aider, décider des technologies à promouvoir et discerner ce qui est prometteur pour l’avenir, ce n’est pas ce que l’État fait le mieux. De plus, une telle politique menée au niveau européen poserait encore d’autres problèmes. Favoriser une entreprise aux dépens d’une autre pourrait être source de divisions entre pays, qui ne partagent pas les mêmes intérêts en la matière.

Le débat porte en fait plutôt sur la façon dont l’Europe doit réagir face aux projets de concentrations

La décision européenne refusant la fusion entre Alstom et Siemens a ainsi fait couler beaucoup d’encre. Elle rappelle que la politique européenne de la concurrence a pour principe d’examiner attentivement les fusions susceptibles de réduire la concurrence. Ce principe me semble légitime, car il vise à empêcher des situations néfastes où une entreprise aurait un pouvoir excessif. Une situation dominante trop forte porte le risque d’abus.

La mise en œuvre de ce principe s’avère toutefois complexe

Dans le cas Alstom-Siemens il a ainsi été beaucoup reproché à la commission européenne de ne pas regarder ce qui se passait ailleurs qu’en Europe, alors que son analyse était de fait internationale. Le problème, c’est qu’il est compliqué de définir à quelle échelle il faut analyser les marchés. La commission essaye d’agir avec pragmatisme… même si cela ne veut pas dire qu’elle trouve toujours les bons arbitrages. Si l’Europe place assez haut la barre d’exigence en matière européenne, cela n’a pas empêché le développement de certaines très grandes entreprises, avec des performances remarquables. Lancer une course à la taille pour créer des mastodontes n’est pas forcément la panacée. Il y a désormais face à nous des entreprises chinoises géantes dans certains secteurs industriels, c’est vrai, mais leurs résultats s’avèrent souvent qualitativement décevants. Il ne faut pas confondre taille et performance.

Oui, il existe des géants chinois dans l’industrie et américains dans les nouvelles technologies

Mais le modèle européen reste tout à fait compatible avec une politique de recherche et développement ambitieuse. Ce qu’il faut, en revanche, c’est mieux articuler notre volonté de préserver la concurrence en Europe avec une politique plus forte pour assurer une concurrence internationale équitable. Cela demande de réagir plus efficacement et rapidement contre les distorsions liées à du dumping ou des subventions indues, d’être plus ferme pour réclamer la réciprocité dans l’accès aux marchés privés et publics ou la surveillance des investissements étranger en Europe.
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