CEPII, Recherche et Expertise sur l'economie mondiale
Comment (di)gérer des dettes publiques élevées ?


Thomas Grjebine

Les dépenses publiques massives engendrées par la crise de la Covid-19, financées par l’endettement des États, ont fait resurgir des inquiétudes anciennes : celle d’une montée des taux d’intérêt qui entraînerait le retour d’une crise des dettes souveraines ; celle d’une éviction de l’investissement privé ; ou celle que la dette pèse sur les générations futures. La France, le Royaume-Uni ou les États-Unis ont pourtant connu, au XIXe ou au XXe siècle, des dettes bien plus élevées qu’actuellement (proportionnellement aux revenus nationaux), qui suscitaient les mêmes craintes et qui ont été digérées. Quels enseignements en tirer ?
La dette publique a longtemps été perçue comme un fardeau dont il fallait se débarrasser en dégageant des excédents budgétaires. Le regard va changer au XXe siècle sous l’impulsion des travaux de John Maynard Keynes qui, en réhabilitant le rôle des dépenses publiques, va ouvrir la voie à une perception plus positive des déficits budgétaires. Dépenses publiques et croissance ne sont plus forcément antinomiques, et la politique économique vise alors moins à réduire la dette ayant permis de financer ces dépenses qu’à stimuler la croissance, les banques centrales participant de façon active au financement des dettes publiques.
La question de la soutenabilité des dettes publiques se pose en outre de façon très différente selon la plus ou moins grande souveraineté monétaire des États. Les États-Unis, endettés dans une devise qu’ils émettent, ont ainsi des marges de manœuvre beaucoup plus importantes que les pays de la zone euro qui n’ont pas de souveraineté monétaire, ce qui pousse à s’interroger sur le risque d’une nouvelle crise des dettes souveraines, et sur les politiques à même de la prévenir.
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 L'économie mondiale 2022
La Découverte, 2021
pp.41-56

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